Les villes invisibles d’Italo Calvino

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Quatrième de couverture : 

« Les villes comme les rêves sont faites de désirs et de peurs, même si le fil de leur discours est secret, leurs règles absurdes, leurs perspectives trompeuses ; et toute chose en cache une autre. – Moi, je n’ai ni désirs, ni peurs, déclara le Khan, et mes rêves sont composés soit par mon esprit soit par le hasard. – Les villes aussi se croient l’œuvre de l’esprit ou du hasard, mais ni l’un ni l’autre ne suffisent pour faire tenir debout leurs murs.
Tu ne jouis pas d’une ville à cause de ses sept ou soixante-dix-sept merveilles, mais de la réponse qu’elle apporte à l’une de tes questions. » A travers un dialogue imaginaire entre Marco Polo et l’empereur Kublai Khan, Italo Calvino nous offre un « dernier poème d’amour aux villes » et une subtile réflexion sur le langage, l’utopie et notre monde moderne.

Editeur : Folio

Nombre de pages : 207

Prix : 7,20€ en format papier et 6,99€ en e-book

Mon Avis :

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Cela fait un petit moment déjà que j’ai lu Les villes invisibles de Calvino (au mois de juillet pour tout vous dire) et il va me falloir un gros effort pour me replonger dans mes souvenirs ! Mais, je tenais vraiment à écrire une chronique dessus : d’une part parce qu’il m’a été offert (je voulais donc faire honneur au présent) et d’autre part, ce livre me semble aussi un peu méconnu en France.

La librairie qui le vendait l’avait classé dans la thématique des récits utopiques. Certains d’entre vous habitués aux littératures de l’Imaginaire auront certainement déjà entendu parler du genre SF de la dystopie. Et bien, l’Utopie, c’est l’inverse ! Il s’agit d’un mot inventé au XVIème siècle par Thomas More (mais si, rappelez-vous un des ministres d’Henri VIII, condamné à mort pour avoir refusé de reconnaître son Roi comme chef de l’Eglise anglicane) et dont l’une de ses œuvres Utopia, paru en 1516, décrit une société idéale.

Dans Les villes invisibles, Calvino imagine un entretien fictif entre Marco Polo et Kublaï Khan dans lequel le célèbre italien décrit cinquante-cinq villes imaginaires, portant chacune le nom d’une femme. Chaque chapitre est court (environ une à deux pages) et s’articule autour de onze thèmes comme la mémoire, le désir, la mort, les échanges, etc… D’ailleurs, vous trouverez ci-dessous un tableau qui résume l’armature de l’œuvre :

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Source : Wikipédia

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Il est clair qu’il ne s’agit pas d’une œuvre facile à aborder car le lecteur se sent bien vite déconcerté. Moi-même, je ne saurai dire si j’ai vraiment tout compris car les échanges philosophiques entre Marco Polo et Kublaï Khan m’ont paru par moment un peu sibyllins. En revanche, les courts textes dédiés aux villes possèdent beaucoup de poésie et d’onirisme. On peut d’ailleurs constater une évolution dans le récit : en effet, si les premières villes décrites semblent s’inscrire dans un imaginaire plutôt oriental et dans le passé, les dernières semblent davantage modernes et correspondre à nos cités occidentales. Les thèmes choisis évoluent également en même temps qu’elles : les villes à caractère orientale apparaissent ainsi conviviales, délurées et proches de la vie ou de la terre tandis que les villes occidentales seraient plutôt associées à la mort, à la contemplation,  au ciel, etc… Pour vous faire une idée du style de Calvino, je ne résiste pas à l’idée de vous dévoiler une ville :

Les villes et le regard – 3

Après avoir marché sept jours à travers bois, celui qui va à Baucis ne réussit pas à la voir, et il est arrivé. Des perches qui s’élèvent du sol à grande distance les unes des autres et se perdent au dessus des nuages soutiennent la ville. On y monte par de petits escaliers. Les habitants se montrent rarement à même le sol : ils ont déjà là-haut tout le nécessaire et ils préfèrent ne pas descendre. Rien de la ville ne touche terre en dehors de ces longues pattes de phenicoptère sur lesquelles elle s’appuie et, les jours où il y a de la lumière, d’une ombre dentelée, anguleuse, qui se dessine sur le feuillage.
On fait trois hypothèses sur les habitants de Baucis : qu’ils haïssent la terre ; qu’ils la respectent au point d’éviter tout contact avec elle ; qu’ils l’aiment telle qu’elle était avant eux, et que s’aidant de longues-vues et de télescopes pointés vers le bas, ils ne se lassent pas de la passer en revue, feuille par feuille, rocher par rocher, fourmi par fourmi, y contemplant fascinés leur propre absence. (P. 99)

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En conclusion, Les villes invisibles est une œuvre difficile à appréhender par sa complexité. Mais, je pense que pour ce livre, il faut mettre de côté son intellect et se laisser bercer par la musique des mots de l’auteur. Clairement, ce n’est pas une lecture que je recommanderai à tout le monde mais si quelqu’un a envie de se déconnecter de la réalité par une lecture originale et poétique, lancez-vous !

Note 3/5

 

Les illustrations de cet article sont d’Alessandro Armando et correspondent aux villes décrites par Calvino, dans son ouvrage.

9 réflexions sur “Les villes invisibles d’Italo Calvino

  1. Merci pour cette découverte car je ne connaissais pas du tout ce roman !
    J’aime beaucoup l’histoire de la route de la soie, du coup retrouver deux de ses grands personnages pourrait me brancher (… même si je ne comprends pas tout leurs échanges ^^)

    Aimé par 1 personne

    1. Cool! Ton commentaire a fonctionné! Oui, parce que j’ai l’impression que la dystopie aujourd’hui est davantage connue grâce au cinéma ou au boom des livres YA sortis récemment (Hunger Games, Divergente, etc…) et aux classiques (La servante écarlate, etc…).

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  2. De l’auteur, j’ai dans ma PAL « Si par une nuit d’hiver un voyageur ».
    J’avais également lu beaucoup de bien concernant « Le sentier des nids d’araignées », et « Le baron perché ».
    Bon, je rajoute ce quatrième titre ; au diable l’avarice !!! Merci 🙂

    Aimé par 1 personne

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