Le paradoxe de Fermi de Jean-Pierre Boudine

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Quatrième de couverture : 

Dans son repaire situé quelque part à l’est de l’arc alpin, Robert Poinsot écrit. Il raconte la crise systémique dont il a été témoin : d’abord le salaire qui n’arrive pas, les gens qui retirent leurs économies, qui s’organisent pour trouver de quoi manger, puis qui doivent fuir la violence des grandes villes et éviter les pilleurs sur les principaux axes routiers. Robert se souvient de sa fuite à Beauvais, de son séjour dans une communauté humaniste des bords de la mer Baltique et des événements qui l’ont ramené plus au sud, dans les Alpes.
Quelque part dans le récit de sa difficile survie se trouve peut-être la solution au paradoxe de Fermi, à cette célèbre énigme scientifique : dans un univers aussi vaste que le nôtre, l’espèce humaine ne peut pas être la seule douée d’intelligence ; alors où sont les autres, où sont les traces radio de leur existence ? Jamais auparavant l’effondrement de notre civilisation ne fut décrit de façon plus réaliste.

Editeur : Folio SF

Nombre de pages : 224

Prix : 6,60€ en format papier et 6,49€ en e-book

Mon Avis :

C’est dans les lectures d’un petit Lutin facétieux que j’ai pioché ce roman. Et cette découverte était arrivée à point nommé car quelques jours auparavant, un de mes collègues m’avait justement exposé ce fameux Paradoxe de Fermi dont je n’avais jamais entendu parlé. Ni une ni deux, je me suis procurée le roman car je voulais non seulement en savoir plus mais aussi allier la connaissance au plaisir car il s’agit d’une uchronie/dystopie.

En 2027, Robert Poinsot, ancien chercheur au CNRS, s’est réfugié dans une grotte, quelque part dans les Alpes de l’Est. Après avoir trouvé des carnets et des crayons abandonnés dans un village, il souhaite laisser une trace de son existence sur Terre et raconte.
La Crise mondiale de 2008 a conduit à un point de rupture en 2021 et à une faillite générale. En effet, Robert s’est retrouvé du jour au lendemain sans salaire et sans emploi. Son logement parisien n’étant plus alimenté en électricité, en gaz ou en eau courante, il a dû trouver un autre refuge. Alors avec d’autres collègues et amis, il débute un périple vers le Nord : à Beauvais, tout d’abord, puis en Scandinavie jusqu’à ce qu’il se rende compte que les choses vont de mal en pis.

Ce qui manque à un homme seul, c’est du temps. Et, plus encore, du courage, de la patience. Pourquoi me mettrais-je à reconstruire ici des commodités? Je ne suis pas Robinson. Lui, il espérait des hommes, moi. je les crains. Lui, il était fixé par force, moi je suis obligé d’errer. Écrire mon histoire (si absurde que ce soit) a plus de sens pour moi que fabriquer ceci ou cela. Tout ce qui me reste d’énergie une fois trouvée ma pitance, je le consacre à mon histoire. (p. 95)

La citation n’a rien d’équivoque et comme vous pouvez vous en rendre compte, Le paradoxe de Fermi est un roman résolument pessimiste. Pour remettre les choses dans le contexte, Boudine l’a fait paraître au début des années 2000 avant de le réviser en rajoutant la Crise de 2008 comme toile de fond pour le publier une seconde fois, en 2015.
Très sincèrement, je ne partage pas cette sinistrose ambiante. Il est vrai que c’est un peu facile à dire dix ans après, surtout quand la France commence à retrouver un brin de croissance. Mais, même à l’époque, une fois passé le choc du marasme la première année, je n’ai pas perçu la Crise comme étant quelque chose de forcément négatif. J’ignore s’il s’agit d’une question générationnelle mais pour moi, une crise peut aussi s’accompagner de changements ou d’évolutions. Prenons une exemple historique : si la Chûte de Rome au Vème siècle après J.-C. s’est accompagnée de pillages, d’invasions, etc…, elle permettra aussi l’émergence d’une nouvelle civilisation qui progressivement évoluera vers la nôtre.
Et dans ce roman, tout tourne un peu trop rapidement au catastrophisme, ce qui rend parfois certaines situations peu crédibles. Par exemple, Robert explique que quelques mois seulement après la banqueroute, des barrages et des centrales nucléaires sont attaqués et détruits. Sincèrement, je n’y crois pas. Ce sont des lieux hautement stratégiques et même en cas de faillite, je pense que l’Armée prendra le relai pour les protéger. Dit comme cela, on pourrait croire que je n’ai pas aimé le roman, or c’est loin d’être le cas. Hormis ces quelques défauts, Boudine parvient parfaitement à installer une ambiance dans son roman et le lecteur n’a pas d’autres choix que de se prêter au jeu. Le personnage de Robert Poinsot suscite d’ailleurs l’admiration grâce à ses capacités hors normes de survie. Et l’on se pose des questions : si j’avais été à sa place, aurais-je survécu? Aurais-je pris les mêmes décisions que lui? Certainement pas.

Enfin, je voulais revenir sur le titre. Le lecteur ne fait le lien avec le paradoxe de Fermi que dans le tout dernier quart du livre, lors d’une réflexion hautement philosophique rapportée par Robert. Le paradoxe  fait aussi l’objet de la postface de Jean-Marc Lévy-Leblond, physicien et essayiste français, dont le ton va dans le même sens pessimiste de Boudine.
Enrico Fermi était un physicien italien des années 50 et il s’est interrogé sur la présence d’autres civilisations dans l’univers. Son paradoxe pourrait se résumer ainsi : s’il existe d’autres civilisations quelque part, pourquoi ne sont-elles pas déjà rentrées en contact avec nous? A cela, on pourrait formuler plusieurs réponses :
– elles sont déjà parmi nous mais elles ne se sont pas manifestées aux Humains.
– elles n’ont pas les moyens technologiques de le faire.
– elles ne s’intéressent pas à nous car nous serions des êtres insignifiants à leurs yeux.
– et dans le roman, Boudine en développe une quatrième que je vous laisserai bien entendu découvrir.

En conclusion, si le roman de Jean-Pierre Boudine possède quelques situations peu crédibles, à la limite du grotesque, force est de constater que l’ambiance dystopique est fouillée et bien décrite. Le personnage de Robert suscite également l’empathie et l’admiration. Mais plus que tout, le paradoxe de Fermi offre des axes de réflexion très intéressants. Je ne saurais donc que vous conseiller ce roman.

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7 réflexions sur “Le paradoxe de Fermi de Jean-Pierre Boudine

  1. Je vous que nous avons tiqué sur les mêmes points. Et comme toi, je pense que tout tourne mal trop vite. Mais le récit reste très prenant, voire angoissant. Je suis ravie qu’il t’ait plu! 🙂

    Et merci pour le lien, le lutin facétieux que je suis est très content!

    Aimé par 1 personne

  2. Comme je l’avais dit à notre Lutin facétieux commun, la possibilité de l’existence d’une entité extraterrestre me fascine énormément ! Ce roman est peut-être trop pessimiste pour moi, mais il devient quand même de plus en plus intriguant, je l’avoue ^_^
    Merci pour ce billet très réussi, qui me pousse dans mes retranchements 🙂

    Aimé par 1 personne

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