La disparition de Josef Mengele d’Olivier Guez

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Quatrième de couverture :

1949 : Josef Mengele arrive en Argentine. Caché derrière divers pseudonymes, l’ancien médecin tortionnaire à Auschwitz croit pouvoir s’inventer une nouvelle vie à Buenos Aires. L’Argentine de Peron est bienveillante, le monde entier veut oublier les crimes nazis. Mais la traque reprend et le médecin SS doit s’enfuir au Paraguay puis au Brésil. Son errance de planque en planque, déguisé et rongé par l’angoisse, ne connaîtra plus de répit…
jusqu’à sa mort mystérieuse sur une plage en 1979. Comment le médecin SS a-t-il pu passer entre les mailles du filet, trente ans durant ?

Editeur : Grasset

Nombre de pages : 240

Prix : 18,50€

Mon Avis :

Une fois de plus, c’est mon Club de Lecture qui m’a fait découvrir ce livre et j’en suis plutôt contente. En effet, je connaissais le nom de Josef Mengele car lors de mes recherches sur l’Unité 731 (après avoir lu L’homme qui mit fin à l’histoire de Ken Liu), le général de division Shiro Ishii, avait été maintes fois comparé au médecin SS du camp d’Auschwitz. J’ai donc voulu en savoir plus sur ce dernier.

Le 22 Juin 1949, Josef Mengele, sous le nom d’emprunt d’Helmut Gregor, débarque à Bueno Aires, en Argentine. Comme nombre de ses compatriotes nazis, il a choisi comme lieu d’exil ce pays. En effet, le gouvernement de Peron voit en eux une manne non négligeable aux compétences particulièrement développées. Mais, l’instabilité politique et économique du pays ainsi qu’un mandat de recherche contre lui ne vont pas tarder à lui faire débuter un périple à travers l’Amérique du Sud. Pourchassé par les agents israéliens du Mossad, sa tête mise à prix, il ne trouvera plus de répit pour échapper à la justice et à la condamnation à mort.

Si avant d’ouvrir ce roman, vous aviez comme appréhension principale d’éprouver de l’empathie pour un homme de cette engeance, je tiens immédiatement à vous rassurer. Josef Mengele tel qu’il est dépeint par Olivier Guez n’attire absolument pas la sympathie : irascible, égocentrique, raciste, violent, cruel, manipulateur, rien dans les traits de sa personnalité vous le fera apprécier. Au contraire, il n’a aucun regret et nie ses responsabilités en tant que médecin SS au camp d’Auschwitz. Il invoque ainsi son devoir d’obéissance à sa patrie mais aussi sa contribution à la Science et au Progrès. Pour exemple, ses études sur le corps humain selon lui, auraient permis de « sauver des vies » (notamment par l’inoculation du virus du typhus sur des prisonniers puis les tests du vaccin), ses études anatomiques sur les jumeaux auraient eu pour vocation d’accroître le peuple germanique, etc… En l’écoutant, il aurait même épargné à ses prisonniers des souffrances inutiles, leur offrant une mort rapide dans les chambres à gaz… Il minimise tellement ses responsabilités qu’il se considère juste comme un simple maillon de la chaîne, d’autres ont fait tellement pire que lui! Il ne mérite pas cette traque sans merci! Bref, vous voyez donc le genre du personnage!

Malgré l’ampleur de sa tâche, l’arrivée de quatre cent quarante mille juifs hongrois, ils (Josef Mengele et sa femme Irène) avaient connu une seconde lune de miel. Les chambres à gaz tournaient à plein régime ; Irène et Josef se baignaient dans la Sola. Les SS brûlaient des hommes, des femmes et des enfants vivants dans les fosses ; Irène et Josef ramassaient des myrtilles dont elle faisait des confitures. Les flammes jaillissaient des crématoires ; Irène suçait Josef et Josef prenait Irène. Plus de trois cent vingt mille juifs hongrois furent exterminés en moins de huit semaines. (P. 21)

Il (Josef Mengele) avait été à la hauteur, il le savait. Pouvait-on le lui reprocher? Lui retirer si facilement ses précieux titres universitaires? Il avait eu le courage d’éliminer la maladie en éliminant les malades, le système l’y encourageait, ses lois l’autorisaient, le meurtre était une entreprise d’état. (P.152)

Il (Josef Mengele) devait classer, trier et éliminer les inaptes qui arrivaient par milliers tous les jours au camp. « J’ai essayé de désigner le plus grand nombre de travailleurs afin d’épargner un maximum de vies. Les jumeaux avec qui j’ai fait progresser la science me doivent aussi la vie » ose-t’il. (…) « J’ai obéi aux ordres parce que j’amais l’Allemagne et que telle était la politique de son Führer. De notre Führer : légalement et moralement, je devais remplir ma mission. Je n’avais pas le choix. Je n’ai pas inventé Auschwitz ni les chambres à gaz et les fours crématoires. Je n’étais qu’un rouage parmi d’autres. Si certains excès ont été commis, moi, je n’en suis pas responsable…(p. 206-207).

Pour en revenir au roman, Olivier Guez a fait un formidable travail de recherches. Il ne nie pas que ses sources comportent quelques « blancs ». A lui donc de les combler par son travail de romancier. Sa bibliographie est très diversifiée : on trouve autant d’ouvrages en français qu’en allemand (logique!) mais aussi en anglais et en espagnol. Ce ne sont pas moins de soixante dix ouvrages qui composent sa riche bibliographie : témoignages de rescapés d’Auschwitz comme Miklos Nyiszli, récit des instigateurs de la traque des criminels nazis comme Simon Wiesenthal ou Beate et Serge Klarsfeld, ouvrages scientifiques d’histoire etc… Et cette documentation se ressent dans le texte, l’auteur l’imprègne de détails, ce qui rend le récit particulièrement vivant et passionnant.

En conclusion, La disparition de Josef Mengele est un roman fouillé. Et même si l’exil en Amérique du Sud du médecin SS possède quelques zones d’ombre, les rajouts d’Olivier Guez sont rendus plausibles grâce à son fabuleux travail de recherche. Aucun risque que vous éprouviez de l’empathie à l’égard du criminel de guerre donc. Au contraire, le lecteur se plaît même à espérer que Mengele sera bientôt intercepté par ses traqueurs pour être traduit en justice. Mais cela, je vous le laisse découvrir.

5 réflexions sur “La disparition de Josef Mengele d’Olivier Guez

  1. Ta référence à L’homme qui mit fin à l’histoire de Ken Liu (livre qui m’a littéralement scotchée ^^) m’interpelle ! Merci de préciser que l’empathie ne risque pas d’être au rendez-vous, c’est important de le savoir avant de s’intéresser au sort de ce genre d’individu 😉

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