La civilisation nuragique de Paolo Melis

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Quatrième de couverture :

La Civilisation Nuragique naît au cours du premier âge du Bronze autour du XVIII siècle avant J. C. Ce livre présente l’un des phénomènes les plus importants de la histoire de la Sardaigne, avec rigueur scientifique, mais aussi avec un langage simple.

Editeur : Carlo Delfino Editore

Nombre de pages : 96

Prix : 10,00€

Date de parution : 2003

Mon Avis : 

Avant de partir en voyage, j’aime bien me renseigner sur les lieux que je vais visiter pour établir mon programme. Or, je ne connaissais absolument rien sur la Civilisation nuragique présente en Sardaigne, ne l’ayant jamais étudiée à la Fac d’Histoire.
Du coup, mon premier réflexe a été de chercher des livres en librairie, sur des sites spécialisés en ligne, dans le réseau des bibliothèques de la ville de Grenoble ou même dans la bibliothèque universitaire bien touffue du campus. Malheureusement, mes recherches ont été infructueuses : je suis donc arrivée sur l’île, vierge de connaissances, ce qui m’a un peu frustré.
Puis, tel un fin limier qui sait détecter à des kilomètres à la ronde où trouver des bouquins – oui bon, en fait, je me suis rendue dans la boutique du premier musée que je visitais! Et je suis tombée sur cet ouvrage de vulgarisation, La civilisation nuragique de Paolo Melis.

La Civilisation nuragique tient son nom de ces fameuses constructions présentes sur tout le territoire de la Sardaigne, les nuraghi. Il y en aurait au total plus de 6500. Ce terme proviendrait de la langue pré-indoeuropéenne nur qui signifierait « tas de pierre » ou « cavité ».

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Nuraghe Losa

Nous ne savons malheureusement pas comment ce peuple se nommait lui-même car à notre connaissance, il ne possédait pas d’écriture. Toutefois, leur civilisation se serait développée sur un millénaire, entre 1600 et 500 avant J.-C. environ.

Quant à l’origine du peuple des nuraghes, les spécialistes semblent assez d’accord pour penser que ces gens ne provenaient pas de l’extérieur, mais étaient ces mêmes Sardes qui avaient déjà donné vie, au cours des époques précédentes (Néolitique et Age de Cuivre) aux grandes cultures de la Sardaigne prénuragique. (P.7)

Les sources pour comprendre cette civilisation proviennent essentiellement de l’archéologie :

L’architecture

– les protonuraghi sont des constructions basses (ne dépassant pas les 10 mètres), toute en longueur appelées aussi «nuraghi à couloir ». Elles peuvent atteindre une superficie moyenne de 245m2. Il y en aurait 300 environ en Sardaigne.
– les nuraghi à tholos sont des édifices construit en hauteur par encorbellement de pierres dont Su Nuraxi de Barumini est un exemple :

Ils avaient au début une fonction défensive puis ils sont devenus le symbole du pouvoir et de la famille dirigeante. Composés d’un, deux ou trois étages, leur hauteur pouvait atteindre une vingtaine de mètres. Aujourd’hui, aucun nuraghe de Sardaigne n’a conservé son sommet intacte (une terrasse soutenue par des consoles lithiques). Toutefois, on a retrouvé des représentations nous permettant de reconstituer leur forme originelle.

– les habitations étaient de forme circulaire dont la base était en pierre et le faîte probablement composé de bois et de branchages avec une isolation intérieure en argile, en boue ou en liège.

les tombes de géants sont des constructions mégalithiques à long couloir et elles trouvent l’origine de leur nom dans leur dimension particulièrement importantes, certaines mesurant jusqu’à 27m de long. Je reviendrai plus en détail sur celle de Monte Prama grâce à l’ouvrage de Carlo Tronchetti.
– les temples sont surtout liés au culte animiste de l’eau. Ils pouvaient prendre la forme soit de puits sacrés comme à Santa Cristina ou soit d’une rotonde, une petite pièce attenante à la maison, dans laquelle la cellule familiale procédait au rituel.

L’Art

Les archéologues ont retrouvé un grand nombre d’objet d’art de divers matériaux et revêtant différentes fonctions.
– la statuaire en pierre : j’ai déjà évoqué les représentations en pierre des nuraghi. Toutefois, il existe également des bétyles dont le nom provient de l’hébreu bet-el qui signifie « demeure du dieu ». Il s’agissait d’une pierre dressée et de forme tronconique à laquelle le peuple nuragique rendait un culte. Enfin, les géants de pierre retrouvés à Monte Prama en prenant l’apparence de guerriers, d’archers ou de pugilistes seraient liés à un culte donné en l’honneur des ancêtres.

– le travail du bronze : les archéologues ont retrouvé un très grand nombre de bronzetti, des petites statuettes en bronze qui pouvaient avoir une fonction d’ex-voto adressés aux dieux en échange d’une faveur. Par exemple, pour une bonne récolte ou une chasse fructueuse, de petites représentations sous forme d’animaux (bovins, caprins, porcins, cerf, renard, etc…) pouvaient faire office d’offrande. Pour guérir d’une maladie ou être victorieux au champ de bataille, le demandeur pouvait adresser une figure anthropomorphique avec quatre yeux ou quatre bras pour être davantage performant.
– la céramique était utilisée soit dans un cadre religieux (ainsi, de nombreuses cruches brisées ont été retrouvées au fond de puits sacrés) ou domestique pour la conservation des aliments.

Mais une organisation sociétale encore méconnue

Il n’existe aucune source littéraire intrinsèque à la civilisation nuragique, ne possédant vraisemblablement pas d’écriture. Tout juste avons-nous des sources indirectes provenant de d’autres peuples les ayant côtoyer. En revanche, les sources archéologiques et artistiques nous apprennent qu’une certaine hiérarchie devait exister entre les individus. Certaines représentations de bronzetti montre ainsi une élite dotée d’habits prestigieux, parfois d’un bâton interprété comme symbole de commandement, d’armes, vivant au sein des nuraghi, symbole du pouvoir et bénéficiant de tombe individuelle louant leur valeur guerrière. Si la société était à dominante agro-pastorale, elle n’en comprenait pas moins des ouvriers spécialisés comme les tailleurs de pierre de construction ou d’ornement, les charpentiers pour la fabrication d’échafaudages, de bateaux ou de chars et les forgerons pour le travail du bronze puis du fer et la confection d’armes et de petits objets du quotidien. On sait qu’ils ont également pratiqué le commerce du cuivre (utile dans la fabrication du bronze) avec d’autres civilisations méditerranéennes comme Mycènes dès le XIVème-XIIIème siècle avant J.-C. puis la Phénicie, au XIème-Xème siècle avant J.-C.

A propos de l’ouvrage de Paolo Melis

De prime abord, j’étais un peu sceptique : en cause quelques photos vieillissantes, une bibliographie un peu datée (c’est normal car si la présente édition est de 2016, la première date de 2003) et des marges trop courtes au centre ce qui rend la lecture peu aisée. Mais, à la lecture, j’ai pu constater d’indéniables qualités à cet ouvrage. Clair, concis et bien documenté, il est parfait pour une première approche sur la Civilisation nuragique. Dommage que je ne l’ai pas eu en main avant de partir! Aussi, si le sujet vous intéresse, je ne peux que vous en recommander la lecture. Je vous conseille d’ailleurs de la commander directement sur le site de Carlo Delfino Editore plutôt que d’aller le chercher sur des sites en ligne car le prix peut parfois atteindre des sommes indécentes!

Vous pouvez également retrouver mon récit de voyage en Sardaigne ici et lire mes autres chroniques sur les ouvrages suivants :

Tharros, marchands et marin entre Orient et Occident de Carlo Tronchetti

Le Monte Prama, L’Hérôon des Géants de pierre de Carlo Tronchetti

14 réflexions sur “La civilisation nuragique de Paolo Melis

  1. Je ne connaissais pas du tout la production de cette civilisation ! Il faut dire que le cours des « antiquités nationales » (c’est comme ça qu’on appelait l’archéologie appliquée au territoire français) n’était pas ma matière préférée lors de mes études d’histoire de l’art… Merci pour ce billet, je me coucherais plus intelligente 🙂

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  2. Merci pour ce cours ! Mes parents sont allés en Sardaigne, il y a quelques années, et je me souviens d’avoir vu ce genre de sites historiques sur leurs photos.

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  3. La civilisation Nura quoi ? Nuragique ! Haaann ! Connaissais pas du tout :-/ Très bon article permettant de mettre en lumière une civilisation inconnue de beaucoup. J’espère que ton voyage c’est bien déroulé au passage ^^

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  4. Merci de superbe article sur cette civilisation très curieuse. Dans ton Cr de voyage, c’est ce qui m’avait tapé dans l’oeil et je suis ravie de te voir proposer un artcile en complement.
    Vraiment chouette!

    Aimé par 1 personne

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