Auguste, les ambiguïtés du pouvoir de Frédéric Hurlet

Quatrième de couverture : 

Tel un sphinx, Auguste est une figure historique énigmatique qui a excellé dans l’art de la dissimulation. Il a légué à la postérité une image protéiforme qui met face à face la détermination froide d’un homme prêt à tout pour s’emparer du pouvoir et son statut de fondateur d’empire divinisé. Cette biographie entend concilier l’histoire, la mémoire et le mythe qui ne cessa d’évoluer depuis le décès d’Auguste jusqu’à son exploitation par les régimes fascistes du XXe siècle en passant par Charlemagne et les Lumières.
La clé de l’interprétation de ce personnage réside dans l’ambiguïté foncière qui s’attache à toute forme de pouvoir et qu’il porta à son paroxysme en étant tour à tour un général ambitieux, le restaurateur des institutions traditionnelles de l’Etat et le premier empereur romain.

Editeur : Ekho

Nombre de pages : 357

Prix : 8,90€

Date de publication : 1er Juillet 2020 (9 Septembre 2015 pour la 1ère édition)

Mon Avis : 

Auguste est l’un de mes personnages historiques romains préférés. Et je dois dire que j’étais complètement passée à côté de la biographie écrite par Frédéric Hurlet. En effet, c’est en commandant en septembre celle de Philippe Le Doze sur le site de ma librairie préférée que je me suis rendue compte qu’une autre avait été précédemment publiée et qu’en plus, elle sortait en version poche. Ni une ni deux, je me la suis procurée pour compléter ma collection! Voyez par vous-même :

Auguste, un personnage pourtant fondamental en Histoire Romaine…

Auguste est considéré aujourd’hui comme le premier empereur romain et le nouveau régime qu’il a mis en place, le Principat, succède à la République Romaine en 27 avant J.-C. Or, à l’époque, du moins officiellement, les choses n’étaient pas vues ainsi.

  • En effet, les Romains honnissaient la Royauté et ne gardaient pas un bon souvenir de leur dernier Roi Tarquin le Superbe exilé en 509 avant J.-C., date à laquelle débute aussi la République Romaine. Jules César avait d’ailleurs été assassiné pendant les Ides de Mars 44 avant J.-C. parce que ses opposants craignaient qu’il ne restaure ce régime monarchique.
  • Aussi, lorsque Auguste se débarrasse de ses principaux rivaux (Marc-Antoine est défait à la Bataille d’Actium en 31 avant J.-C. et se suicide quelques temps après à Alexandrie tandis que Lépide est écarté du pouvoir) et prend le pouvoir en 27, il prend bien garde de conserver du moins en apparence les institutions de la République Romaine. C’est ainsi qu’il affirme la restaurer (Res publica restituta) après qu’elle ait été mise à mal durant les années de guerres civiles.

Par peur d’être assassiné à son tour, il maintiendra les apparences jusqu’à sa mort en 14 après J.-C. en utilisant de nombreuses ressources :

  • La mise en place d’une idéologie qui permettra aux Romains et aux administrés des territoires nouvellement occupés de faire consensus autour de lui.
  • Une nouvelle administration des territoires romains qui confèreront une paix, une prospérité et une stabilité au nouveau régime.
  • Une continuité dynastique pour que son oeuvre se poursuive sans heurt après sa mort.

… mais relativement méconnu en France.

Auguste est beaucoup plus connu chez nos voisins limitrophes :

  • en Italie pour des raisons historique et idéologique : Auguste est un personnage central de l’Histoire italienne mais il a aussi été utilisé par Mussolini pour nourrir son idéologie fasciste.
  • en Allemagne (où huit biographies lui ont été consacrées) pour des raisons scientifique et idéologique : l’historien allemand Theodor Mommsen (1817-1903) est considéré comme le père fondateur de l’Histoire Romaine. C’est lui qui a inventé une nouvelle méthode d’étude historique en ne se fondant plus seulement sur les documents littéraires issus de l’Antiquité mais aussi sur les sources épigraphiques. Il a ainsi étudié et fait une nouvelle publication des Res Gestae (testament) d’Auguste retrouvés en Turquie actuelle. Au XXème siècle, durant la Seconde Guerre Mondiale, le régime nazi a également utilisé la figure d’Auguste dans sa propagande.

Or, Auguste est beaucoup moins connu en France car d’autres personnages historiques romains l’ont éclipsé notamment son grand-oncle Jules César (dont la figure politique a été récupéré par Napoléon Bonaparte) ou l’un de ses successeurs Néron. Et cela se ressent également dans le paysage éditorial français puisque :

  • Trois ouvrages ont été édités en vingt-cinq ans : Le siècle d’Auguste de Robert Étienne (1970), Le siècle d’Auguste de Jean-Marie André (1974), Auguste de Jean-Pierre Neraudau (1996).
  • Mais trois depuis quinze ans  : Auguste de Pierre Cosme (2005), Auguste de Frédéric Hurlet (2015) et Auguste de Philippe le Doze (2020). L’intérêt pour ce personnage historique semble donc s’accélérer aujourd’hui.

Les apports de Frédéric Hurlet

J’avais lu les biographies de Jean-Pierre Neraudau et de Pierre Cosme il y a plus de dix ans donc autant vous dire que je ne me rappelais plus vraiment de grand chose. Toutefois, un rapide coup d’œil au plan des deux biographies m’a permis de faire rapidement un parallèle avec celle de Frédéric Hurlet. Si les deux premières s’intéressent à la vie d’Auguste de sa naissance en 63 avant J.-C. à sa mort en 14 après J.-C., Frédéric Hurlet quant à lui poursuit bien après. En effet, la moitié de sa biographie est consacrée à la succession d’Auguste notamment le règne de Tibère et à son mythe qui a perduré des siècles après.

Ainsi, Auguste est vu de deux manières à travers l’Histoire. Et force est de constater qu’en fonction de la période historique, l’une ou l’autre version domine :

  • Il aurait été un homme calculateur, hypocrite, un tyran qui se serait emparé du pouvoir pour mettre fin à la République et priver les Romains de leur souveraineté. Il serait alors l’instigateur d’un nouveau régime dynastique et monarchique qui ne porte pas véritablement son nom.
  • Ou au contraire, il serait vu comme un homme extrêmement intelligent, fin politique, habile, rusé et réussissant là où son grand-oncle a échoué. Extrêmement bien entouré (entre autres par son ami et gendre Agrippa), il a réussi à instaurer un nouveau régime qui assurera la Paix et la prospérité aux Romains pour deux siècles.

En conclusion, Auguste est un personnage central de l’Histoire Romaine malheureusement peu connu en France pour de nombreuses raisons : il a notamment été éclipsé par son grand-oncle Jules César plus populaire et la récupération politique de la figure d’Auguste pendant la Seconde Guerre Mondiale par les régimes nazi et fasciste ont suscité de la méfiance. Toutefois, comme le paysage éditorial français semble le laisser transparaître, Auguste connaît un regain d’intérêt depuis le début des années 2000 puisque trois biographies lui ont été consacrées. Celle de Frédéric Hurlet parue en 2015 en fait partie et permet de donner de nouveaux éclairages notamment sur le mythe d’Auguste et son image positive ou négative en fonction de la période historique. Prochaine étape : la biographie de Philippe Le Doze parue cette année!

12 réflexions sur “Auguste, les ambiguïtés du pouvoir de Frédéric Hurlet

  1. C’est un personnage que je trouve également très fasicnant mais je n’ai pas lu grand chose à son sujet. Je note donc précieusement toutes les références que tu donnes ici 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. J’adooooore Auguste! Pour le moment, j’ai une petite préférence pour la biographie de Pierre Cosme mais celle de Hurlet était très bien aussi. En revanche, j’en attends beaucoup de celle de Le Doze. Au vu de la table des matières, elle a l’air très alléchante.

      Aimé par 1 personne

  2. Avec toutes ces biographies, tu dois commencer à te faire ta propre idée du personnage.
    As-tu lu la version « romancée » de Roger Caratini?
    Je me souviens de la série « Moi, Claude empereur » (tiré d’un livre de Robert Graves) où Auguste paraissait plutôt innocent, manipulé par son épouse Livie

    Aimé par 1 personne

    1. Non, je n’ai pas lu Moi, Claude empereur. Même si je pense que Livie devait avoir un sacré caractère, Auguste ne devait pas être en reste. Bien que j’admire le personnage, je ne l’aurais pas supporter. Il ne s’est pas toujours bien comporté avec sa famille. Si sa fille Julie a fait autant de bêtises, ce devait une contre-réaction à l’autorité de son père.

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