Peau d’Homme d’Hubert et Zanzim

Quatrième de couverture :

Dans l’Italie de la Renaissance, Bianca, demoiselle de bonne famille, est en âge de se marier. Ses parents lui trouvent un fiancé à leur goût : Giovanni, un riche marchand, jeune et plaisant. Le mariage semble devoir se dérouler sous les meilleurs auspices même si Bianca ne peut cacher sa déception de devoir épouser un homme dont elle ignore tout. Mais c’était sans connaître le secret détenu et légué par les femmes de sa famille depuis des générations : une « peau d’homme » ! En la revêtant, Bianca devient Lorenzo et bénéficie de tous les attributs d’un jeune homme à la beauté stupéfiante.

Editeur : Glénat

Nombre de pages : 160

Prix : 27,00€

Date de publication : 3 Juin 2020

Mon Avis : 

Cela faisait un petit moment que j’avais repéré cette bande dessinée en raison de son contexte inspiré de la Renaissance italienne et de son message féministe. Mais, j’avoue que j’avais un peu retardé mon achat et ma lecture à cause des dessins qui ne me plaisaient pas trop. Finalement, j’ai réussi à en faire abstraction pendant ma lecture et j’ai beaucoup apprécié cette bande dessinée au message très moderne.

Bianca est issue d’une famille bourgeoise et à ses dix-huit ans, son père a négocié sa main pour qu’elle épouse le fils d’un de ses amis, Giovanni. Si aux yeux de ses deux confidentes, Bianca est chanceuse car son fiancé possède un physique avenant et a quelques années de plus qu’elle seulement, la jeune fille quant à elle regrette de ne pas mieux connaître son futur mari. Mais, c’est sans compter sa marraine qui lui avoue un secret de famille. Rangée et cachée dans un coffre, cette dernière possède depuis plusieurs générations une peau d’homme. Et chaque femme de la famille a pu la revêtir quelques jours avant leur mariage pour découvrir la société à travers les yeux d’un homme. Sous les traits de Lorenzo, Bianca décide alors de percer à jour son fiancé…

Un conte…

En apparence, Peau d’Homme revêt les éléments d’un conte classique : un cadre médiévalo-Renaissance sur lequel je reviendrai dans la seconde partie, la présence d’une jeune fille ingénue et innocente en âge de se marier et l’intervention d’une marraine grâce à laquelle sa filleule va pouvoir réaliser un de ses vœux.

  • Dans un conte traditionnel, un mariage d’amour est souvent la finalité du récit lorsque le protagoniste principal est une femme : elle est l’accomplissement des épreuves surmontées par elle et le dénouement heureux auquel elle rêve (le fameux « Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants » qui clôt le conte). L’intervention de sa marraine constitue en général le principal élément fantastique du conte soit par la pratique directe de la magie, soit par l’utilisation d’un élément surnaturel qui va permettre à la jeune fille d’atteindre son but.
  • Dans Peau d’Homme, le mariage arrangé par ses parents n’est pas remis en question par Bianca qui accepte d’épouser un homme qu’elle ne connaît pas et dont elle n’est pas amoureuse. Son seul souhait, en revanche, est de rencontrer son fiancé avant le mariage. Et c’est là qu’intervient sa marraine qui va lui faire part d’un secret de famille détenu uniquement par les femmes. Elle va lui prêter un objet magique, une peau d’homme que Bianca revêt et sous l’apparence de Lorenzo, elle fait la connaissance de son futur mari, Giovanni.

… inspiré de la Renaissance italienne…

L’intrigue de Peau d’homme se déroule dans un contexte fortement inspiré par la fin de la période médiévale et le début de la Renaissance italienne (XIIIème-XVème siècle) :

  • Les décors urbains stylisés et dessinés par Zanzim font référence au style architectural de l’Italie du Nord et centrale de cette époque (notamment les villes de Florence, Ferrare ou Venise). Les styles gothique et renaissance sont ainsi reconnaissables grâce aux éléments architecturaux caractéristiques : fenêtres en ogive, trilobées ou quadrilobées, loggias séparées de colonnes et d’arches, balustrades, tourelles, coupoles ou merlons en queue d’aronde au sommet des murs.
  • La ville dans laquelle se déroule Peau d’Homme possède une politique de mécénat. Elle est ainsi décorée de nombreux objets artistiques financés par le gouvernement de la cité : la statue d’Hercule nu installé symboliquement devant le palais communal (une référence sans équivoque au David de Michel Ange placée devant le Palazzo Vecchio de Florence au début du XVIème siècle) ou la peinture représentant Lorenzo nu en Ganymède enlevé par Zeus exposée dans ce même Hôtel de Ville (encore une fois, une référence aux fresques commandées aux artistes de la cité à l’instar de Léonard de Vinci ou Michel Ange à Florence, par exemple).
  • Enfin, le personnage du frère de Bianca, Angelo s’inspire de Savonarole, un moine dominicain qui a imposé une dictature théocratique dans la ville de Florence de 1494 à 1498. Dans ses prêches passionnés et virulents, Angelo s’attaque aux femmes et aux mœurs soi-disant dévoyées de la cité. Il fait ainsi détruire les œuvres d’art coupables selon lui d’attiser des pensées impures chez celui ou celle qui la regarde, impose aux femmes le port du voile pour éviter qu’elles ne tentent les hommes par leur charme, organise des bûchers aux vanités (dans lesquels sont jetés aux flammes des tableaux, des bijoux, des vêtements jugés ostentatoires, etc…) et fait régner la terreur par ses bandes armées à l’instar de celle qui poursuit Giovanni et Lorenzo.   

Toutefois, certains éléments de l’histoire (habits, coiffures, mœurs et traditions notamment dans le cadre du mariage) me permettent de dire que Peau d’homme n’est pas à proprement une bande dessinée historique en tant que telle. En effet, la Renaissance italienne y est fantasmée mais est surtout utilisée comme prétexte pour dénoncer les travers de notre société actuelle.

mais qui dénonce des faits de société bien contemporains.

En effet, Peau d’Homme est tout d’abord une bande dessinée féministe qui dénonce le sexisme engendré par le patriarcat et le poids de la religion et milite en faveur de l’égalité des sexes :

  • Hommes et Femmes subissent les injonctions de la société : les femmes doivent être belles, douces et soumises à leur père ou leur mari ; quant aux hommes, ils doivent se montrer viriles voire agressifs vis à vis de leur compère pour ne pas passer pour un faible. Ces injonctions ne sont-ils pas encore d’actualité aujourd’hui?
  • L’hypocrisie de la religion et de la société : l’amie de Bianca, Rubina, est trompée de manière éhontée par son mari. Elle décide alors de commettre à son tour l’adultère mais lorsque la dictature théocratique s’impose dans la cité, seule Rubina est punie et humiliée, son mari n’est même pas inquiété. Dans notre société, ne dit-on pas d’un homme qui se comporte de cette manière qu’il est un Don Juan et d’une femme, qu’elle est une s…?
  • Les femmes sont souvent accusées d’exacerber les désirs des hommes qui auraient des « pulsions naturelles » à combler. Plutôt que de miser sur l’éducation de leurs homologues masculins, ce sont bien elles qui sont punies. Elles doivent ainsi porter des vêtements plus amples pour masquer leur corps. Combien d’entre nous ont-elles été insultées dans la rue parce que nous portions une simple robe? Ou la victime d’un viol jugée par les vêtements qu’elles portaient lors de son agression?

Enfin, la bande dessinée dénonce l’homophobie et la transphobie :

  • Bianca déguisée en Lorenzo entame une relation amoureuse avec son mari Giovanni. Mais les deux amants doivent se cacher aux yeux de la société car leur idylle est considérée comme illicite notamment lorsque les bandes armées d’Angelo les pourchassent dans les rues de la cité. Si aujourd’hui les homosexuels peuvent se pacser ou se marier, combien sont-ils encore victimes d’insultes ou d’actes homophobes?

En conclusion, Peau d’homme est une bande dessinée qui prend les atours d’un conte classique et s’inspire de la Renaissance italienne pour mieux dénoncer les affres de notre société contemporaine. A travers l’histoire de Bianca, de son mari Giovanni et de ses amies, c’est bien le patriarcat et le poids de la religion encore trop présents qui sont remis en question et sont bien souvent à l’origine de sexisme et d’homophobie. Au contraire, Peau d’homme milite en faveur de l’égalité des sexes, de la tolérance et de l’acceptation de soi. Si vous ne l’avez pas encore lu, je vous la recommande fortement.

Autres avis : 

Le bibliocosme (Boudicca)

Ombrebones

Yuyine

11 réflexions sur “Peau d’Homme d’Hubert et Zanzim

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