Les pouvoirs de l’enchantement d’Anne Besson

Quatrième de couverture : 

Le maquillage du Joker a envahi les manifestations de lutte sociale, la cornette des « servantes écarlates » celles de défense des droits des femmes. Une déclaration de J.K. Rowling sur les femmes transgenres a déclenché le courroux des fans de Harry Potter. Quant à Game of Thrones, nombreux sont ceux qui y lisent l’invasion de marcheurs blancs comme une allégorie de la catastrophe climatique à venir.

Indubitablement, les littératures de l’imaginaire, longtemps perçues comme de simples moyens d’évasion, sont devenues un creuset de mobilisation civique, des arènes où se jouent de féroces affrontements militants. On peut y voir l’affirmation exaltante d’une capacité des fictions grand public : celle de parler de notre époque, pour changer les mentalités ou rêver le futur. Mais ce mouvement va de pair avec une profonde transformation du statut des lecteurs et des spectateurs.

Qui vont désormais jusqu’à contester l’autorité de l’auteur sur sa propre création… Anne Besson, grande spécialiste des mondes alternatifs, décrypte les ressorts et les enjeux de ce rôle politique, à présent déterminant, que jouent la fantasy et la science-fiction dans nos sociétés.

Editeur : Vendémiaire

Nombre de pages : 224

Prix : 21,00€

Date de publication : 7 Janvier 2021

Mon Avis : 

J’avais découvert Anne Besson lors du MOOC (Massive Open On-line Course) de l’Université d’Artois sur La Fantasy de l’ère victorienne à Game of Thrones, il y a quelques années et je dois dire que ses cours étaient vraiment passionnants. Puis, j’ai suivi ses interventions aux Imaginales 2018 et à cette occasion, je m’étais procurée son essai Fantasy et Histoire(s) qu’elle avait dirigée. Aussi, lorsque j’ai vu qu’elle sortait un essai sur les usages politiques des Littératures de l’Imaginaire (en particulier, la Fantasy et la Science Fiction), je me suis empressée de le sélectionner lors de la dernière Masse Critique. Et à ce titre, je remercie Babélio ainsi que les éditions Vendémiaire de me l’avoir envoyée. 

Une lecture exigeante…

Je me rappelle que les actes du Colloque Fantasy et Histoire(s) n’avait pas toujours été facile à appréhender et j’ai eu le même souci dans ma lecture de cet essai. En effet, elle n’a pas été très fluide pour plusieurs raisons : 

  • Le style d’écriture : la plupart des phrases sont trop longues et entrecoupées de parenthèse ce qui nuit au rythme de la lecture. J’avais le sentiment de me retrouver en « apnée » à la fin de certaines phrases. 
  • Un vocabulaire très spécialisé : Anne Besson emploie de très nombreux termes très spécifiques et sincèrement, il m’a fallu relire parfois trois ou quatre fois plusieurs phrases pour pouvoir enfin appréhender le propos. 
  • Les notes à la fin de l’ouvrage : pour ma part, je préfère que les notes soient placées en bas de la page, il est ainsi plus facile de les lire puis de revenir au texte principal sans trop d’interruption. Le fait qu’elles soient placées à la fin de l’ouvrage a perturbé mon rythme de lecture car je mettais plus de temps à retrouver ma ligne, une fois revenue au texte principal. Aussi, j’ai décidé au bout d’une cinquantaine de pages d’abandonner purement et simplement la lecture des notes. Dommage car certaines étaient intéressantes. 

… mais un propos captivant sur le rôle de la Fantasy et de la Science Fiction dans nos sociétés contemporaines. 

Si l’on fait abstraction des difficultés de lecture, l’essai d’Anne Besson était en soi passionnant. Pour ma part, je m’intéressais déjà à ces problématiques (si vous voulez aller plus loin, je vous conseille aussi la lecture d’articles du CNRS – Centre National de la Recherche Scientifique). Et Les pouvoirs de l’enchantement m’a permis de pousser plus loin les réflexions autour du rôle des Littératures de l’Imaginaire dans notre société. L’ouvrage est ainsi divisé en deux parties : 

  • Anne Besson s’intéresse tout d’abord aux œuvres de fiction et à leur portée politique.
    Elle déconstruit tout d’abord le préjugé selon lequel la Science Fiction serait davantage portée vers l’avenir donc progressiste et de « gauche » tandis que la Fantasy serait au contraire tourné vers le passé, réactionnaire et de « droite ». Elle oppose à ces préjugés plusieurs arguments notamment le fait que certains ouvrages de Fantasy au contraire sont bien ancrés dans le réel. Ils traitent de problématiques actuelles comme l’écologie, le sexisme, le racisme, l’homophobie ou la transphobie. Et elle prend ainsi plusieurs exemples comme Game of Thrones de GRR Martin dans lequel les marcheurs blancs seraient l’allégorie du changement climatique ou Danse avec les lutins de Catherine Dufour qui traite de la cohabitation des peuples. 
    – L’autrice constate également une explosion depuis le début des années 2000 d’oeuvres engagées mais sombres comme les dystopies et des cli-fi (climate fiction) qui a pour cible un public adolescent et jeune adulte. Ces dernières permettent ainsi de mettre en garde contre des dérives possibles de notre société (tyrannie, ségrégation, problèmes environnementaux, etc…). On peut ainsi citer Hunger Games de Suzanne Collins ou l’adaptation récente en série télévisée du roman de Margaret Atwood, La servante écarlate
  • Dans une seconde partie, Anne Besson s’attache davantage au comportement des fans de ces œuvres appartenant à l’Imaginaire. Grâce à la visibilité de plus en plus grandissante de la culture populaire et de l’avènement d’internet (d’abord les forum puis maintenant les réseaux sociaux), les communautés de fans autour d’une œuvre (Fandom) peuvent se regrouper et échanger plus facilement. Et elle constate une certaine réappropriation du public de ces œuvres dans des buts contestataire et politique.
    – Des personnages de fiction sont ainsi récupérés par les fans qui les inscrivent dans le réel : la figure de la servante écarlate (présente sur la couverture de l’ouvrage) pour manifester contre Trump en 2017 ou celle du Joker lors de manifestations au Liban, en Espagne ou au Chili en 2019. 
    – Des fans n’hésitent pas non plus à intervenir dans le processus de création d’une oeuvre. Par exemple, une pétition avait circulé pour que la fin de l’adaptation en série de Game of Thrones soit réécrite. 

En conclusion, l’essai Les Pouvoirs de l’enchantement n’a été une lecture ni facile, ni fluide en raison d’un problème de forme (phrases trop longues, présence d’un vocabulaire très spécifique, notes présentes en fin d’ouvrage, etc…). J’espère d’ailleurs avoir bien saisi les propos de l’autrice et n’avoir pas fait de contresens. Toutefois, Anne Besson offre à son lecteur deux axes de réflexions sur l’Imaginaire très intéressants notamment en remettant en question certains clichés sur la Science Fiction et la Fantasy et en mettant l’accent sur leur pouvoir politique. De plus, elle s’est rendue compte également que le comportement des fans autour des œuvres a fortement évolué depuis le début des années 2000 et ces derniers n’hésitent pas à se les réapproprier dans un but politique et contestataire. 

Autres avis : 

Les chroniques du Chroniqueur

10 réflexions sur “Les pouvoirs de l’enchantement d’Anne Besson

  1. « Les notes à la fin de l’ouvrage » Il existe un Enfer spécial pour celleux qui pensent que les notes renvoyées en fin d’ouvrage est une bonne idée. J’ai lu Un lieu à soi récemment qui a le même problème et c’est juste casse-pied au possible… 2 marques pages, des allers retours constants, pff.

    Bon le livre n’a pas l’air très facile à appréhender mais le sujet est passionnant. Si je le lis je reviendrai certainement relire ton billet pour me faciliter la tâche.

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  2. Je te rejoins complètement sur les notes en fin d’ouvrage. C’est un calvaire !
    Le propos m’intéresse toujours mais je pense que la forme et la complexité langagière risque de me freiner beaucoup. Je m’y plongerai mais en connaissance de cause.

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  3. Merci pour ce compte-rendu de lecture
    Il y a donc un manque de vulgarisation alors. C’est dommage quand on parle d’un sujet aussi populaire et accessible que la SFFF.

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  4. Ce livre semble vraiment fourni, intéressant et très documenté, mais ça me décourage un peu. Déjà les essais et ouvrages critiques, si j’en lis, ce n’est en général pas vraiment par plaisir, mais si en plus ça jargonne un peu trop et qu’il faut faire des allers-retours en fin de bouquin pour lire des notes… ça me décourage encore plus.

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    1. Je te comprends. Pour ma part, cela n’a été vraiment une partie de plaisir. J’ai même eu beaucoup de mal à chroniquer cet ouvrage car j’avais peur d’avoir mal compris certains passages et de faire des contresens.

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