Célestopol 1922 d’Emmanuel Chastellière #ProjetOmbre

Quatrième de couverture : 

Une année à la découverte des mirages et des merveilles de la cité sélène, joyau de l’âme slave arraché à la Terre, entre les mains d’un duc au destin défiant le cours du temps. Une année où croiser dans ses rues Marie Curie, l’archiduc Francois- Ferdinand ou Howard Carter, mais aussi humbles ouvriers, voleur volubile ou automates au coeur de cuivre. Entre ruines lunaires à explorer, un championnat du monde d’échecs à préparer ou des complots à déjouer…
Les canaux ambrés de la ville n’ont pas fini de vous dévoiler ses secrets ! Emmanuel Chastellière nous invite à redécouvrir une ville bâtie sur la Lune dans l’ombre de Jules Verne, à l’aube d’une aire nouvelle délicieusement uchronique, à travers 13 histoires qui s’entrecroisent dans un véritable chasse-croisé étourdissant.

Editeur : HSN

Nombre de pages : 413

Prix : 21,90€

Date de publication : 18 Mars 2021

Mon Avis : 

J’avais eu un véritable coup de coeur pour le premier recueil de nouvelles d’Emmanuel Chastellière, Célestopol. Aussi, j’attendais avidement la sortie de ce second opus et je remercie l’auteur et la maison d’édition HSN de me l’avoir proposée en Service Presse. Par ailleurs, j’étais d’autant plus impatiente de l’avoir entre les mains car il se trouve que j’avais lu en tant que bêta-lectrice quelques nouvelles du recueil. C’était ma première expérience en la matière. Et surtout, j’ai trouvé cela émouvant d’avoir découvert une première matrice d’un texte pour découvrir par la suite sa version définitive. Bref, une belle évolution d’autant plus que j’ai été séduite encore une fois par l’univers d’Emmanuel Chastellière et par sa plume. 

Célestopol 1922 est un recueil de treize nouvelles qui à la différence du premier (il couvrait une période large d’une trentaine d’année entre 1900 et 1930 environ) se déroule essentiellement sur l’année charnière de 1922 (voire le début de 1923). Ce nouveau recueil bénéficie également d’un bel écrin : sa couverture signée Marc Simonetti sur papier glacé est superbe et est représentative de l’Univers de Célestopol (le Clair de Terre, la statue culminante du Duc et un des bulbes de la Cathédrale Saint Basile en arrière-plan ainsi que la présence de la brume ambrée de sélénium ou d’automates au premier). Cette édition possède également un plan de la cité de Célestopol, outre le fait qu’elle permette au lecteur de mieux visualiser sa morphologie urbaine (une sorte de Venise russe en quelque sorte), elle ajoute également une plus-value esthétique indéniable à l’ensemble. 

Oderint dum metuant

« Qu’ils me haïssent, pourvu qu’ils me craignent » : c’est sur cette devise du Duc Nikolaï Alexandrovitch Romanov reprise à l’empereur romain Caligula (37-41 après J.-C.) que s’ouvre le recueil. Et cela donne tout de suite le ton!
Dans cet univers uchronique, le principal point de divergence est la découverte du voyage sur la Lune par les Russes au XIXème siècle. La Tsarine Glorianna décident alors d’y fonder une colonie, la fameuse cité de Célestopol et d’en confier l’administration à son fils, le Duc Nikolaï. Sa principale mission est d’assurer l’exploitation d’une nouvelle ressource énergétique, le Sélénium. Ce gaz s’écoule au travers de canaux qui façonnent le semis urbain et est à l’origine du développement économique et de la fulgurante ascension de la cité lunaire. Mais Nikolaï souhaite s’affranchir des ambitions de sa mère en donnant à la cité son indépendance vis à vis de l’empire russe. 
Sur Terre, la géopolitique de 1922 est bien différente de celle de notre ligne temporelle. La Première Guerre Mondiale de 1914-18 et la Révolution de 1918 en Russie n’ont certes pas eu lieu mais cela n’empêche pas l’existence de conflits entre Grandes Puissances. Or, l’Angleterre et la France sont finalement les grandes perdantes de cette nouvelle géopolitique au profit de la Russie Impériale qui domine une grande partie du Monde. Toutefois, l’empereur français Napoléon IV ne s’avoue pas complètement vaincu et s’est exilé aux Amériques en Nouvelle France pour préparer sa vengeance. Quant à l’Asie, elle est partagée entre deux forces : le Japon et la Corée. 

Un fix up de bonne facture

Si les treize nouvelles possèdent chacune leur propre récit et abordent des sujets différents, elles forment toutefois un ensemble cohérent et chacune d’entre elles, participe à l’univers en s’imbriquant l’une dans l’autre comme une pièce de puzzle. C’est ce que l’on appelle communément un fix up.

  • Dans certains recueils de nouvelles, il arrive parfois que les textes ne soient pas tous de qualité égale. Or, ce n’est pas le cas de Célestopol 1922. Au contraire, ils sont tous de très bonne facture. Et je dois dire que j’ai été particulièrement impressionnée par deux d’entre eux en raison de leur chute habile : Mon Rossignol (avec un superbe jeu de dupe) et Katarzyna (dont certains indices laissaient pourtant présager la fin).
  • J’ai également beaucoup apprécié que les nouvelles ne se concentrent pas sur une seule catégorie sociale. J’en avais notamment fait la remarque sur le recueil Roma Aeterna de Robert Silverberg pourtant excellent mais ce dernier avait un peu trop tendance à se focaliser sur des personnages de la haute société romaine. Le recueil Célestopol 1922 est au contraire beaucoup plus équilibré sur cet aspect. J’ai ainsi eu l’occasion de côtoyer les ouvriers qui se font exploiter dans les usines de la cité (Mon Rossignol), un voleur misérable et en proie aux attaques de bandes organisées (Un visage dans la cendre), une pilote déchue qui noie sa peine dans les tripots des bas-fonds (Katarzyna) ou une bande de saltimbanques qui tentent de survivre en divertissant les petites gens (La fille de l’hiver). Et en même temps, j’ai fait aussi la rencontre du mystérieux Duc Nikolaï et de son majordome automate Ajax (Sur la glace ou Une nuit à l’Opéra Romanova ou La fille de l’hiver), de sa maîtresse Tuppence (Le revers de la médaille) ou même des classes moyennes à l’instar de ce veuf juif qui habite une maison dans le centre-ville avec ses filles (Memento Mori). 
  • Enfin, j’ai également beaucoup apprécié la galerie de personnages qui défilent dans les nouvelles. J’ai ainsi pris plaisir à retrouver le duo de choc attachant composé de l’impétueuse islandaise Arnrùn et de son coéquipier ours Wojtek dans Toungouska, Une nuit à l’opéra Romanova et La fille de l’hiver. Et surtout, j’ai vraiment aimé découvrir des personnages historiques représentatifs des années 20 à l’instar d’Howard Carter qui à défaut d’avoir « découvert »* la tombe de Toutankhâmon en 1922, sera affecté sur la Lune pour une toute autre mission dans La malédiction du Pharaon

* Rendons à César ce qui appartient à César! Si dans l’Histoire, Howard Carter est reconnu pour avoir découvert officiellement le tombeau de Toutankhâmon, c’est bien le porteur d’eau Hussein Abdel-Rassoul qui est tombé le premier sur les marches qui descendent à la sépulture…

La cité de Célestopol, un personnage à part entière

Enfin, je terminerai cette chronique sur la Cité de Célestopol dont le nom est repris dans le titre éponyme. J’ai le sentiment que le Folklore russe est assez peu représenté dans les Littératures de l’Imaginaire en France mais pas complètement inexistant (je vous conseille l’extraordinaire recueil de nouvelles d’Olivier Boile, Et tu la nommeras Kiev et j’ai dans ma PAL, Nadejda du même auteur ainsi que L’ours et le Rossignol de Katherine Arden). Aussi, ce folklore dépaysant se cristallise dans la ville de Célestopol et revêt plusieurs aspects dans le récit : il peut tout aussi bien apparaître comme élément incontournable et symbolique de la cité (la Cathédrale Saint Basile dont l’un des bulbes est représenté sur la couverture), des personnages historiques russes comme Raspoutine ou Anastasia Nikolaïevna (la fille du dernier tsar Nicolas II) ou des éléments de contes comme la Baba Yaga (figure féminine surnaturelle souvent représentée sous les traits d’une sorcière) ou le Kot Baioun (créature magique qui mange des chats). 

Mais surtout que serait Célestopol sans le personnage du Duc Nikolaï qui l’a façonné et a laissé libre court à ses envies de splendeur et de mégalomanie, un peu à la manière d’un Louis II de Bavière? J’éprouve une certaine fascination pour le Duc en raison d’une aura de mystère qui l’entoure et de sa dichotomie : si Nikolaï apparaît ainsi cultivé, raffiné et intelligent ; d’un autre côté, il affiche aussi une certaine duplicité et un côté calculateur qui le rendent dangereux (sa devise reprise à Caligula n’augure d’ailleurs rien de bon pour la suite). Pour en revenir à la cité, elle possède certes ses canaux de sélénium mais aussi son lot de coupoles, ses bibliothèques, ses musées, ses jardins, ses palais, etc… tout cela mis en image dans le plan de la cité, à la fin de l’ouvrage. Et cela lui procure une impression de familiarité et surtout, cela donne furieusement envie de la découvrir tant la plume d’Emmanuel Chastellière lui donne vie!

En conclusion, quel magnifique voyage au coeur de la cité de Célestopol! Je n’ai pas boudé mon plaisir avec les treize nouvelles qui composent le recueil : l’univers uchronique est riche et très visuel, le style d’écriture de bonne qualité, les personnages attachants voire fascinants pour certains, le récit équilibré et les nouvelles maîtrisées. Que demander de plus? Je sais! Un troisième tome! 😉

Autres avis : 

Boudicca (Le Bibliocosme)

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Ce recueil de nouvelles participe au #ProjetOmbre

11 réflexions sur “Célestopol 1922 d’Emmanuel Chastellière #ProjetOmbre

  1. Merci pour ce retour !
    Ah, pour un troisième recueil… 🙂 c’est toujours pareil, l’argent reste le nerf de la guerre, donc il faut espérer que celui-ci « trouve son public » comme on dit.

    Aimé par 2 personnes

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