37° Centigrades de Lino Aldani #ProjetOmbre

Quatrième de couverture : 

« Je suis en règle. Voici le thermomètre, les comprimés d’aspirine, les pastilles pour la toux. Ca, c’est la vitamine C, l’antiseptique, les antibiotiques. J’ai tout, vous ne pouvez pas me coller une amende ». La journée commence mal pour Nico. Il est dans le collimateur de la CGM, la société privée qui fait office de Sécurité sociale et il risque le contrôle sanitaire. Quand on sort des clous de l’Etat-hygiéniste, il vaut mieux être bien couvert, car dans cette société, la santé, c’est tout…
ou rien. Quand il écrit ce texte, Lino Aldani entend sans doute dénoncer les dérives d’un système de santé livré aux intérêts du privé. Mais comme souvent avec la SF, son récit prend un nouveau sens aujourd’hui et interroge sur les concessions que nous sommes prêts à faire pour vivre en bonne santé.

Editeur : Le passager clandestin

Nombre de pages : 96

Prix : 8,00€

Date de publication : 10 Novembre 2020

Mon Avis : 

C’est en me baladant dans ma librairie préférée en janvier que je suis tombée sur deux nouveautés du Passager Clandestin : 37° Centigrades de Lino Aldani et L’épidémie de Clifford D. Simak dont je vous parlerai plus tard. Ces deux parutions font évidemment écho à notre actualité et sonnent même étrangement sachant que celle de l’auteur italien dont je vais vous parler a presque soixante ans…

Lino Aldani imagine une société italienne du futur entièrement soumise aux impératifs d’une assurance santé privée très intrusive dans la vie de ses adhérents. En effet, la CMG pour Convention Médicale Générale, devenue toute-puissante, n’hésite pas à vérifier que les règles pour maintenir ses adhérents en bonne santé, soient bien appliquées : ne pas trop boire d’alcool, ne pas fumer trop de cigarette, ne pas rester trop longtemps dans des endroits humides, bien porter un tricot de laine, etc… Habitant la ville de Rome, Nico ne supporte plus ces intrusions car non seulement il a le sentiment que la CMG lui réduit ses libertés mais l’empêche également d’atteindre un meilleur niveau de vie en raison de prélèvements importants sur son salaire…

Une nouvelle dystopique…

La nouvelle 37° Centigrades publiée en 1963 imagine une société italienne dans le futur. Et cela se ressent dans le développement de la technologie, notamment la présence de transports en commun volants dans la ville de Rome tels que l’hélibus ou de véhicules privés comme la levacar dont certains modèles peuvent rouler à plus de 280 km/h. Lino Aldani imagine aussi que la société est assujettie à une assurance privée, la CMG (Convention Médicale Générale). A l’origine, c’était le gouvernement italien qui lui avait laissé le champ libre pour gérer l’assurance santé de ses concitoyens : en échange de prélèvements sur le salaire des employés et les charges patronales, la CMG remboursait leurs soins de santé. Or, suite à l’abus de plusieurs  personnes, la société privée qui a risqué la faillite, a durci les règles…

… dans laquelle règne « l’Esculapocratie » (p. 47)

Il faut savoir qu’en 1963, l’Italie n’avait pas de système de santé public comme la Sécurité Sociale mise en place en Allemagne dès 1883 ou en France et en Angleterre, en 1945. Au contraire, les assurances santé relevaient du privé et ce n’est qu’à partir de 1978 que sera crée le Servizio Sanitario  Nazionale, système de santé public financé par l’impôt national. 
Dans 37° Centigrades, la CMG a désormais le monopole de l’assurance santé et est devenue toute-puissante : 

  • Il est obligatoire pour toute personne de s’affilier à la CMG afin de bénéficier d’une couverture santé. Le personnage principal Nico n’a pas d’autres choix s’il veut que ses soins soient pris en charge en cas de maladie ou d’accident. S’il sort du système, aucun médecin ne le soignera et aucune pharmacie ne lui délivrera de médicaments. C’est tout ou rien.
  • Le financement de ce régime est devenu très coûteux pour les assurés : si au départ, les cotisations étaient raisonnables, elles se sont par la suite envolées au point que Nico ne puisse plus espérer augmenter son niveau de vie. 

Le professeur Crescenzo, voisin de Nico :
Cet appartement, ces livres, ces tapis, ces objets d’art… Je ne les aurais sans doute pas si j’avais dû cotiser chaque mois à la CMG. (P. 39)

  • Les mesures adoptées par la CMG sont devenues intrusives et réduisent les libertés individuelles : chaque individu doit obligatoirement porter en permanence sur lui des vêtements conventionnés (gilet de corps, tricot de laine) pour ne pas prendre froid mais aussi un kit en cas de contrôle (comprenant un thermomètre, des pastilles d’aspirine, etc…). Ils doivent bien faire attention de fermer leur fenêtre ou de ne pas stationner dans des espaces trop humides, etc… Des contrôleurs veillent à ce que ces mesures soient bien respectées par les conventionnés sinon, ces derniers s’exposent à de fortes amendes.

… et qui critique le capitalisme et la course au profit

Lino Aldani met ainsi en garde son lecteur contre la mainmise de la santé par des intérêts privés. En effet, le gouvernement italien dans la nouvelle n’a même plus le pouvoir de lutter contre la toute-puissance de la CMG. Or, cette dernière a tellement engendré de profits (suite à l’augmentation des cotisations salariales et la baisse des dépenses de soins de santé) qu’elle a investi : 

  • L’espace public et les prérogatives de l’Etat en placardant des injonctions culpabilisantes et infantilisantes pour maintenir ses conventionnés en bonne santé : 

Monsieur,
Êtes-vous bien sûr
D’avoir la conscience tranquille?
N’avez-vous pas
Oublié votre tube
D’Aspirine
A la maison? (P. 10)

  • Et d’autres domaines qui n’ont rien à voir avec la santé comme le secteur de l’automobile ou de la production musicale

« Mais on murmure tout de même que trente-cinq pour cent du paquet d’actions des Industries automobiles réunies sont aux mains de la CMG. (…) Cela dit, je crois bien que la CMG a aussi mis la main sur les maisons de production musicale. » (p. 46-47)

Ironie de la nouvelle (Attention SPOILER) : lorsque Nico décide de ne plus s’affilier à la CMG, il ne le fait pas pour des raisons politiques ou pour lutter contre ce système dominant. Il le fait pour s’acheter un bien de consommation : la fameuse Levacar! Cette dernière fait probablement référence à la Fiat 500 qui a connu un grand succès dans les années 60 et a permis à un grand nombre d’italiens d’accéder à leur propriété. 

En conclusion, j’ai beaucoup apprécié cette nouvelle qui permet au lecteur de réfléchir non seulement sur les conséquences à long terme du désengagement de l’Etat dans les secteurs de la santé mais aussi de son appropriation de plus en plus progressive par des entreprises privées. Bien qu’elle date de 1963, ne trouve-t’elle pas une résonance étrange dans le contexte sanitaire actuel? En effet, bien avant l’émergence de la pandémie, le personnel hospitalier français s’était déjà mobilisé pour dénoncer leur manque de moyens financiers et de personnels dans les Hôpitaux publics. Or, dans le contexte actuel avec l’augmentation de nombre de malades hospitalisés et de personnels de santé qui s’épuisent depuis plus d’un an, n’est-il pas urgent pour le gouvernement de réagir et d’en faire une priorité? 

Cette novella participe au #ProjetOmbre

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