Et si Napoléon… dirigée par Stéphanie Nicot #S4F3

Quatrième de couverture : 

Né le 15 août 1769 à Ajaccio et mort le 5 mai 1821 à Sainte-Hélène, Napoléon est une figure contestée, mais incontournable, de l’histoire de France. Douze auteurs et une autrice (les femmes ne lui ont pas pardonné leur statut d’éternelle mineure inscrit dans le Code civil ! ) ont donc relevé un défi digne du bicentenaire : raconter des histoires alternatives à celle que nous connaissons, qu’il s’agisse d’un Empire qui se survit un temps (« La Nouvelle campagne de Russie », « Crassus et Auguste », « Tout se distille », « Implacable Clio ») ou d’un songe qui passe (« L’Horatius Coclès du Tyrol », « Le dernier rêve de Napoléon », « Cent-Jours sans lui », « Dernier soleil »).
Adepte des armes de destruction massive (« Au Service Secret de l’Empereur », « La Dynamique de la révolution »), mais aussi pharaon d’Egypte (« Mémorial de Philae »), fan de rencontre du troisième type (« L’Empereur d’un autre monde ») ou défenseur des droits humains (« Rêves d’égalité »), Napoléon est vraiment, grâce à la fine fleur de l’uchronie, dans tous ses états !

Editeur : Mnémos

Nombre de pages : 256

Prix : 19,00€

Date de publication : 18 Juin 2021

Mon Avis : 

Étant passionnée par l’Histoire, j’ai un vif intérêt pour la Fantasy historique et l’Uchronie. Aussi, quand Estelle et les éditions Mnémos que je remercie au passage, m’ont proposée en service presse ce recueil de nouvelles uchroniques sur Napoléon, je n’ai pas hésité longtemps. Je ne suis pas très familière de la période : aussi, j’ai dû mobiliser des vieux souvenirs du secondaire et faire un petit tour sur Wikipédia pour me rafraîchir la mémoire. Mais globalement, j’ai beaucoup apprécié Et si Napoléon… car la majorité des textes sont de très bonne qualité. 

Napoléon est mort le 5 mai 1821 sur l’Ile de Sainte Hélène, située dans l’Océan Atlantique. Un grand nombre d’ouvrages historiques ont fleuri depuis mai sur les tables des librairies pour commémorer les deux cent ans de la disparition de l’Empereur. Quant aux éditions Mnémos, elles ont célébré cet évènement de manière originale avec un recueil de nouvelles uchroniques sous la direction de Stéphanie Nicot et des grands noms de la Fantasy française. 
Et si Napoléon… comprend ainsi treize nouvelles qui sont classées en trois thématiques majeures (plus une quatrième avec un OLNI (Objet Littéraire Non Identifié) :

  • L’Empire vainqueur comprend quatre nouvelles de Laurent Poujois, Jean-Claude Dunyach, Fabien Cerutti et Johan Héliot : la France gagne contre ses ennemis que sont la Russie (la campagne de 1912 ne tourne d’ailleurs pas à la débandade et la Bérézina n’est pas synonyme de défaite) et l’Angleterre (Napoléon gagne la bataille de Waterloo en 1815). 
  • L’Empire toujours comprend trois nouvelles de Silène Edgar, Thibaud Latil-Nicolas et Jean-Philippe Jaworski : le régime mis en place par Napoléon en 1804 perdure encore aux XIXème et XXème siècles. 
  • Quand l’Empire s’efface comprend cinq nouvelles de Raymond Iss, Jean-Laurent del Socorro, Victor Dixen, Armand Cabasson et Ugo Bellagamba : l’Empire rêvé par Napoléon a soit échoué, soit n’a jamais eu lieu. 
  • Si, par une nuit d’hiver, un voyageur comprend une nouvelle de Michael Roch qui est un mélange d’uchronie et de science fiction avec des voyages dans le temps. 

Au Service Secret de sa majesté de Laurent Poujois

En 1803, Robert Fulton est un brillant ingénieur américain qui a imaginé un bateau à vapeur muni de torpilles. Or, cette invention pourrait bien aider les Français dans leur projet de contrôler la Manche et d’envahir leur ennemi anglais. Deux ans plus tard, Pierre-Marie Desmarest, le chef de la Haute police impériale envoye son meilleur agent pour exfiltrer l’ingénieur d’Angleterre…

Si cette nouvelle est sympathique, immersive et possède beaucoup d’actions, elle est malheureusement un peu courte. Par ailleurs, elle constituait plus pour moi le premier chapitre d’un roman qu’une véritable nouvelle. 

La dynamique de la Révolution de Jean-Claude Dunyach

Le père de la chimie moderne, Antoine Lavoisier n’a pas été guillotiné en 1794 durant la Terreur. Au contraire il est au service de Napoléon durant la Bataille de Waterloo, en 1815. Or, il vient de mettre au point un tout nouveau explosif très puissant qu’il a appelé « Dynamique » (la Dynamite ne sera découverte qu’en 1866 par Alfred Nobel) : cette invention pourrait bien changer le cours de l’Histoire…

Une nouvelle intéressante mais malheureusement trop courte : je suis restée sur ma faim. 

La nouvelle campagne de Russie de Fabien Cerutti

En 1812, le tsar Alexandre Ier décide de lever le blocus continental imposé par Napoléon contre l’Angleterre. L’empereur français décide alors d’envahir la Russie avec sa Grande Armée de plus de 600000 hommes : si dans le cours de notre Histoire, cette campagne marquera le début des premières défaites de Napoléon, il n’en sera peut-être pas de même dans la nouvelle de Fabien Cerutti…

Cette dernière est l’une des plus longues du recueil (environ quarante pages) et l’une de mes préférées aussi. L’écriture soignée et fluide donne un souffle épique aux batailles et aux évènements particulièrement bien documentés. Bref, un des meilleurs textes du recueil. 

L’empereur d’un autre monde de Johan Héliot

En 1812, la Grande Armée de Napoléon doit faire face au Général Hiver qui leur impose l’une de ses plus grandes défaites. Les Français ne sont en effet pas habitués au froid qui avoisine les -30°C d’autant plus qu’ils sont déjà bien éprouvés par la famine et les maladies. Alors que Napoléon se replie, poursuivi par les Russes, il va faire une rencontre inattendue près des berges de la Bérézina…

Avec Grand Siècle, Johan Héliot m’avait habitué à des évènements WTF qui modifient le cours de l’Histoire et j’avais salué son audace. Or, pour cette nouvelle, je ne sais pas pourquoi, je n’ai pas adhéré. J’ai trouvé l’intervention de cette entité et la suite du récit un peu « facile ». 

Tout se distille de Silène Edgar

Quelques années après les victoires éclatantes de la campagne de Russie, Pierre est un vétéran rentré au pays. Il gagne sa vie en distillant les fleurs et les herbes aromatiques qu’il trouve sur son chemin et il a nommé son meilleur parfum, l’eau de Cologne de Napoléon. Il est accompagné dans ses pérégrinations d’une vingtaine de gamins orphelins ou abandonnés par leur parents. Or, d’autres vétérans voient cela plutôt d’un mauvais œil. 

Le ton de cette nouvelle change par rapport aux autres et apporte un petit bol d’air frais. Peu de politique et de batailles dans le récit ; au contraire, Silène Edgar s’attache à montrer le quotidien des petites gens et des conséquences des batailles napoléoniennes sur leur existence. Cette nouvelle est très émouvante et elle fait également partie de mes préférées du recueil. 

Crassus et Auguste de Thibaud Latil-Nicolas

Le point de divergence de cette nouvelle se situe en 1807 : Napoléon n’a pas vaincu à la bataille d’Eylau, en Prusse. Cet évènement inattendu le fait alors réfléchir et il décide de proclamer la paix et de redessiner l’Europe dont l’Angleterre et la Russie sont exclues. L’Empire perdure pendant plus d’un siècle jusqu’en 1910. Mais le cours de l’Histoire reprend son lit naturel et son descendant Napoléon IV a maille à partir avec les ennemis de la France : une guerre mondiale se dessine peu à peu…

Bien que cette nouvelle soit parfois un peu décousue, elle n’en demeure pas moins intéressante. En effet, elle permet de réfléchir aux conséquences à long terme sur la géopolitique de l’Europe qui se dessine après l’instauration de la paix. J’ai apprécié ma lecture.

Implacable Clio de Jean-Philippe Jaworski

La victoire à Waterloo en 1815 a permis à l’Empire de Napoléon de perdurer plus d’un siècle après. Mais là encore, le cours de l’Histoire reprend son lit (d’où la référence à la Muse grecque de l’Histoire, Clio). Une nouvelle Guerre oppose les Français/Prusses aux Anglais/Turcs et elle ne se déroule pas sur le sol français mais dans le détroit des Dardanelles qui sépare la Mer Méditerranée de la Mer Noire. Deux amis Gabriel Leroux et Jean Giraudoux de Bellac vont se retrouver broyés par cette bataille violente et sauvage. 

Il s’agit d’une nouvelle qui n’est pas facile à appréhender tant elle est complexe autant pour les références historiques que littéraires. Mais là encore, elle offre des axes de réflexions intéressants sur le cours de l’Histoire. 

Le dernier rêve de Napoléon de Raymond Iss

En 1783, Napoléon rencontre une bohémienne dans le village de Brienne : elle lui prédit qu’il sera vainqueur de toutes ses batailles mais mourra seul sur une île. Or, le cours de l’Histoire ne va pas se dérouler exactement comme prévu. Napoléon devient général et vainqueur des batailles menées en Italie, mais son destin s’accomplira-t’il?

Une nouvelle sympathique mais j’avoue qu’elle ne m’a beaucoup marquée. 

L’Horatius Coclès du Tyrol de Jean-Laurent del Socorro

En 1795, Napoléon Bonaparte est un ambitieux brigadier persuadé qu’il est promis à un grand avenir. Or, par sa seule présence, le charismatique général Dumas lui fait de l’ombre et lui vole ses rêves de gloire : des campagnes d’Italie en 1796-1797 à celle d’Egypte en 1798, Napoléon est toujours le second jusqu’à ce qu’il commette des erreurs au Caire et à Jaffa…

J’ai eu un véritable coup de coeur pour la nouvelle de Jean-Laurent del Socorro. Imaginer Napoléon en « Iznogoud » qui veut la place du Calife à la place du Calife m’a beaucoup fait rire! D’autant plus que l’écriture est encore une fois soignée et bien documentée. Sans conteste, l’un des meilleurs textes de ce recueil!

Cent Jours sans lui de Victor Dixen

Pendant que Napoléon était en exil sur l’île d’Elbe en 1814, son grand amour Joséphine de Beauharnais s’éteint à cause d’une pneumonie au château de Malmaison. Il revient alors en 1815 dans cette propriété (ce que l’on appelle les Cent Jours jusqu’à la défaite de Waterloo et son exil à l’île de Sainte Hélène) pour se rappeler à son souvenir. Lors d’une promenade au bord du lac, il croise le chemin d’un vieil homme qui lui fait une bien étrange proposition…

Cette nouvelle prend des allures de conte fantastique et là encore, tranche de manière bienvenue avec les autres textes. J’ai beaucoup aimé la référence au Dormeur du Val d’Arthur Rimbaud. 

Dernier Soleil d’Armand Cabasson

Après sa défaite à Waterloo, Napoléon est exilé sur l’île de Sainte Hélène au milieu de l’Océan Atlantique. Or, son geôlier lui propose de le libérer en échange de trois promesses : il ne devra jamais retourner en France et en Europe, ne devra pas dévoiler sa véritable identité et ne plus avoir sous ses ordres des soldats français. Napoléon accepte et disparaît. Quelques années plus tard, son neveu Napoléon III promet une forte récompense à quiconque découvrira ce qu’il est advenu de son oncle…

Cette nouvelle se déroule en quasi totalité au Mexique ce qui change de décor par rapport aux autres textes. J’ai beaucoup apprécié ce texte également grâce au souffle épique insufflé au cours des vingts pages. 

Le Mémorial de Philae ou l’Histoire de l’Empereur Pharaon telle qu’elle n’a pas été, telle qu’elle aurait pu être d’Ugo Bellagamba

En 1798, Napoléon Bonaparte part en campagne en Egypte. Mais, une rencontre impromptue fait qu’il ne rentrera jamais en Europe. Son destin s’accomplira d’une autre manière au pays des Pharaons jusqu’en 1816…

Je n’ai pas du tout accroché à cette nouvelle, je l’ai vraiment trouvé étrange. 

Ils rêvent d’égalité de Michael Roch

En 1992, Léon et Béni sont en mission au Sénégal quand des terroristes les attaquent. Utilisant un tube temporel, ils se retrouvent tous les deux catapultés en 1802 en Guadeloupe…

Là encore, je n’ai pas du tout accroché à ce texte, je l’ai trouvé alambiqué et j’avoue que j’ai été un peu perdue par l’intrigue. 

En conclusion, le recueil de nouvelles uchroniques Et si Napoléon… dirigé par Stéphanie Nicot pour commémorer les deux cent ans de la mort de Napoléon Bonaparte, possède des textes de très bonne facture. Parmi eux, mes trois préférés sont sans conteste ceux de Fabien Cerutti, de Silène Edgar et de Jean-Laurent del Socorro. Seul petit bémol : la majorité parle de batailles et au bout de treize textes, cela peut-être un peu lassant. Aussi, ceux qui sortaient de cette configuration (Silène Edgar ou Victor Dixen) ont été bienvenus. Seulement deux textes sur les treize n’ont pas eu mes faveurs ce qui finalement est peu. 

Autres avis : 

Boudicca

Celindanaë

Lhotseshar 

Ce recueil participe au Challenge #S4F3

4 réflexions sur “Et si Napoléon… dirigée par Stéphanie Nicot #S4F3

  1. Je ne suis pas étonnée que Jean-Laurent del Socorro ait eu tes faveurs, ni Silène Edgar d’ailleurs.
    Personnellement ce recueil ne m’attire pas parce que je n’aime pas du tout cette période historique ni la figure napoléonienne. Il est dommage aussi que 13 textes parlent de batailles comme tu le soulèves.

    Aimé par 1 personne

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