Le peuple des rennes de Megan Lindholm [Robin Hobb]

Quatrième de couverture : 

Lorsque Tillu décide de fuir sa tribu avec son fils, elle sait qu’elle devra affronter la toundra et la solitude avec cet enfant si différent dont elle ne sait que faire. Et si le hasard la jette à la rencontre d’un peuple d’éleveurs de rennes du grand nord, c’est sans certitudes : parviendra-t-elle à s’intégrer, en tant que guérisseuse, femme, et mère ? Sera-t-elle capable de naviguer sur la toile des relations humaines de ce clan déjà formé ? Saura-t-elle suivre les hardes ?

Editeur : ActuSF

Nombre de pages : 500

Prix : 20,90€

Date de publication : 9 Juillet 2021

Mon Avis : 

J’ai découvert la plume de Megan Lindholm alias Robin Hobb grâce aux éditions ActuSF qui m’avaient proposée de lire Le dieu dans l’ombre et surtout Liavek que j’avais adoré. En juillet, la maison d’édition a publié Le peuple des rennes dont les deux tomes préalablement parus chez Le pré aux clercs ont été réunis dans un seul et même ouvrage. Je remercie donc Jérôme Vincent et ActuSF pour ce service presse car si j’ai mis un peu de temps à lire cet ouvrage très dense, j’ai surtout eu un énorme coup de coeur! 

Tillu est guérisseuse dans sa tribu et élève seule son fils de dix ans, Kerleu. Or ce dernier possède un comportement étrange et il n’est pas rare qu’il s’attire les moqueries des enfants de son âge, voire la violence des adultes. Seul le nadj (chaman) Carp semble lui manifester de l’intérêt car il voir en lui son successeur. Mais, Tillu se méfie du vieil homme et pour échapper à ses assiduités, elle décide alors de quitter la tribu seule avec son fils et de s’éloigner vers le Nord. Malgré les premiers frimas de l’hiver qui s’installent et la faim qui les taraudent, elle parvient à survivre difficilement dans la forêt. Alors qu’un jour, elle poursuit un cerf, elle tombe nez à nez avec deux chasseurs d’une autre tribu appelée « le peuple des rennes » : Heckram et Lasse. Ce dernier, blessé par une flèche perdue, est alors pris en charge par Tillu…

Un roman dense…

Les éditions ActuSF ont réuni en un seul et même tome de 500 pages, les deux ouvrages Le peuple des rennes et Le frère du loup parus en 2004 et en 2005 chez Le pré aux clercs. Je vous avoue que j’ai eu beaucoup de mal à rentrer dans le roman au départ : en cause, la police du texte un peu petite à mon goût et beaucoup de descriptions et de détails qui ne faisaient pas beaucoup avancer l’intrigue. J’ai commencé cette lecture au début du mois d’août pour ne la finir qu’un mois plus tard (même si elle a été entrecoupée entre temps de d’autres lectures). Le peuple des rennes est donc un roman qui se mérite, du moins c’est le sentiment qui prédomine après cette expérience. Mais, une fois rentrée dedans pour de bon : quel roman! 

… magnifié par le talent de conteuse de Megan Lindholm…

J’ai été complètement emportée par la plume de l’autrice. Si l’intrigue n’est pas forcément le point fort du roman en raison de sa lenteur et de sa linéarité (quoique à la fin du roman, certains rebondissements ont de quoi surprendre le lecteur.ice!), Le peuple des rennes possède toutefois d’autres atouts : 

  • J’ai notamment été très impressionnée par la foule de détails sur le quotidien, les us et coutumes, les mœurs, les croyances, le savoir-faire et l’organisation sociale des tribus fréquentées par Tillu et son fils. L’autrice a probablement dû beaucoup se documenter pour donner corps à son récit. Et pour ma part, j’ai été complètement dépaysée par cette lecture très immersive tant par la période (la majorité du roman se déroule pendant la saison froide) que par la culture de ces peuples. 
  • J’ai également adoré les personnages extrêmement bien écrits et très développés psychologiquement :
    – Celui de Tillu est d’ailleurs remarquable : elle est une femme forte et indépendante qui refuse d’être gouvernée par un homme. Elle préfère s’enfuir de sa tribu et affronter la faim et le froid avec son fils plutôt que de le laisser sous l’influence néfaste de Carp.
    – Kerleu est également bien écrit : avec nos connaissances actuelles, il y a fort à parier que le jeune garçon ait développé une certaine forme d’autisme, raison pour laquelle il agit de manière étrange pour les autres membres de la tribu et qu’il est rejeté. 
    – Carp apparaît comme un personnage complexe : autant il apparaît comme un homme cupide qui joue sur la détresse des gens pour s’enrichir, autant il accepte et tolère Kerleu au point de voir en le jeune garçon, son apprenti et son successeur. 
    – Enfin, celui de Joboam dont je n’ai pas encore parlé, est tout à fait remarquable : ambitieux, fourbe et violent, il n’hésite pas utiliser les stratagèmes les plus infâmes pour arriver à ses fins. Un méchant particulièrement bien écrit!

… mais dont l’appartenance à l’imaginaire est ténu

J’ignore complètement si l’autrice a inscrit son récit dans une période donnée de notre Histoire ou si au contraire, il se déroule dans un univers de Fantasy complètement inventé. J’ai lu d’autres chroniques et il semblerait que la majorité des lecteurs l’ait situé dans une période préhistorique. Pour ma part, j’ai eu un ressenti complètement différent : au contraire, j’imaginais l’histoire se dérouler certes en Amérique du Nord, dans les régions de l’Alaska ou du Canada mais surtout dans une période plus tardive, peu avant l’arrivée des Européens sur le continent.

En ce qui concerne les manifestations de l’Imaginaire dans le récit, elles sont peu nombreuses et tiennent essentiellement à deux personnages :
– Le nadj Carp possède un statut social élevé. Lorsqu’un membre de la tribu est malade ou blessé ou lorsque le clan tout entier traverse une crise, le nadj danse, joue de la musique ou psalmodie pour retrouver la faveur des dieux. Même si c’est Tillu qui guérit le corps d’un blessé, les autres membres de la tribu considéré que c’est Carp qui l’a sauvé. Finalement, il est assez difficile de savoir si le nadj possède des pouvoirs ou si ces manifestations sont factices pour tromper son auditoire et s’enrichir sur leur dos.
– Kerleu au contraire semble avoir un don plus développé notamment celui de double-vue : c’est ainsi qu’il devine la fin malheureuse d’un personnage du roman. Il possède également un lien particulier avec Carp car ils arrivent tous les deux à communiquer grâce au monde des rêves même s’ils sont éloignés l’un de l’autre. 

En conclusion, l’intégral du Peuple des rennes est un roman très dense par son nombre de pages, sa police de texte écrite très petite et le nombre de détails qui fourmillent. Mais je me suis laissée emportée par la qualité de la plume de Megan Lindholm qui a probablement dû se documenter pour rendre son récit aussi immersif et dépaysant. Si l’intrigue n’avance finalement pas beaucoup, les personnages extrêmement bien écrits et développés et les détails qui rendent leur quotidien si vivant aux yeux du lecteur sont les atouts de ce roman. Aussi, je ne peux que vous conseiller ce roman qui a été un véritable coup de coeur!

Autres avis : 

Le Bibliocosme (Boudicca)

12 réflexions sur “Le peuple des rennes de Megan Lindholm [Robin Hobb]

  1. Le roman m’intriguait et si pour le moment, je suis peut-être plus dans l’optique de lire des romans un peu plus rythmés, ton avis confirme mon intérêt pour cette lecture dense et exigeante. Tout ce qui tourne autour des us et coutumes des tribus semble passionnant et les personnages bien développés…

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