Le génie civil de l’armée romaine de Gérard Coulon et Jean-Claude Golvin

Quatrième de couverture : 

Il est un pan oublié de l’histoire. Bien des édifices dont nous voyons aujourd’hui les vestiges sont dus à des travaux de génie civil, ordonnés à des militaires par des chefs soucieux de les arracher à l’oisiveté générée par les temps de paix. Mais ces entreprises souvent titanesques ont un prix : le mécontentement des légionnaires à l’égard de ces tâches considérées parfois comme inférieures et assimilées à des corvées, mécontentement dont l’expression ultime est illustrée par le cas tragique de l’empereur Probus, assassiné par ses propres soldats.
Ces travaux, pour ingrats et pénibles qu’ils soient pour l’armée, contribuent pourtant largement à la prospérité des régions conquises. En ouvrant des routes, en construisant des ouvrages d’art, en creusant des canaux, en exploitant les.roches et les argiles disponibles localement, les soldats participent au développement économique et à la richesse des habitants. Et, plus généralement, ils contribuent à la romanisation des provinces.

Editeur : Actes sud – Errance

Nombre de pages : 158

Prix : 33,00€

Date de publication : 7 Novembre 2018

Mon Avis : 

J’ai plusieurs ouvrages dans ma bibliothèque illustrés par l’architecte et Chargé de recherche au CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique) Jean-Claude Golvin notamment L’Antiquité retrouvéeRome antique retrouvée ou Voyage chez les empereurs romains. Il a même fait l’objet d’une exposition « Restituer l’Egypte Antique » au nouveau Musée Champollion de Vif (près de Grenoble). Pour en revenir au Génie civil de l’armée romaine, j’ai adoré cet ouvrage. 

Des compétences en génie civil, une spécificité de l’Armée romaine

L’Armée romaine recrutait un personnel très qualifié dans la construction que ce soit des architectes, des géomètres, des maçons, des tailleurs de pierre, des charpentiers, des forgerons, etc… ce qui pouvait représenter jusqu’à 10% de l’effectif d’une légion. En effet, lors d’une campagne militaire, les légions devaient être capable de se mouvoir rapidement au sein de l’Empire et défendre ses frontières (en construisant des routes droites, des canaux qui évitaient de longs détours par la mer, etc…), mais aussi user de stratégie en surprenant leurs adversaires (en construisant rapidement des ponts sur des fleuves comme César sur le Rhin en 55 avant J.-C.) ou se protéger des attaques (en construisant un camp par exemple comme celui de Timgad en Algérie actuelle).

Toutefois, certaines sources antiques comme Tite-Live, Plutarque ou Tacite affirment que les soldats romains pouvaient être également employés en temps de paix pour ne pas les laisser dans l’oisiveté. C’est ainsi qu’ils auraient construits par exemple la route entre Bologne à Arretium en 187 avant J.-C. ou auraient aménagé le canal de Corbulon aux actuels Pays-Bas en 47 après J.-C. Certains historiens auraient alors systématisé ce rôle de l’armée dans les constructions civiles notamment pour romaniser les peuples vaincus (et les intégrer dans l’Empire) mais aussi comme outil de l’évergétisme impérial (l’empereur sait se montrer généreux avec les habitants de l’Empire en mettant à leur disposition ses légions). 

Gérard Coulon et Jean-Claude Golvin vont dans le même sens que Yann Le Bohec

Yann Le Bohec va à l’encontre de cette dernière théorie, j’en avais d’ailleurs parlé dans ma chronique de La vie quotidienne des soldats romains à l’apogée de l’EmpireIl ne nie pas le rôle de l’armée romaine dans la romanisation de l’empire ni leur rôle dans la propagande impériale. Toutefois, il s’agirait selon lui, de ne pas généraliser : si l’armée romaine construit des routes, des ponts, des aqueducs, etc…, elle le fait d’abord pour son usage personnel. Ces infrastructures auraient été alors utilisées par la suite par les civils. L’ouvrage Le génie civil de l’armée romaine partage également la théorie de Yann Le Bohec et prend du recul par rapport à certains sites archéologiques. Je prendrais ainsi l’exemple suivant : 

  • Sur l’aqueduc de Fréjus, construit au Ier siècle après J.-C., on a retrouvé un bas-relief tronqué représentant un buste d’un militaire romain. Certains historiens (comme A. Grenier dans son Manuel d’archéologie gallo-romaine, paru en 1960) y ont vu la preuve irréfutable du rôle de l’armée dans la construction de l’édifice. Or, d’autres historiens comme M. Jason ou Coulon et Golvin remettent en question cette théorie en pensant plutôt qu’il s’agit d’un remploi voire même d’une réparation et que la pierre en question viendrait d’un autre édifice. 

Un ouvrage pédagogique superbement illustré

G. Coulon et J.-C. Golvin ont opté pour un plan thématique et clair : chacun des chapitres est en effet consacré à un type d’infrastructure comme les canaux, les aqueducs, les routes, les ponts, les mines et carrières et les fondations de villes. Chaque chapitre est ensuite subdivisé en exemples archéologiques précis. Par exemple, celui sur la construction des ponts aborde le pont de César sur le Rhin, les ponts de bateaux comme celui jeté sur l’Euphrate en 54 par Corbulon pour lutter contre les Parthes, le pont de Simitthus (Chemtou) en Tunisie actuelle et deux autres exemples en Hispanie. Pour chaque type d’infrastructure, le mode de construction est expliqué par le texte de G. Coulon et les illustrations de J.-C. Golvin. Le rendu est assez pédagogique et il est plutôt simple pour le lecteur de comprendre toutes les étapes de la construction d’un pont notamment celui de César sur le Rhin (page 75 et 76) : 

En conclusion, j’ai pris beaucoup de plaisir à lire Le génie civil de l’armée romaine : le plan thématique utilisé est simple à suivre et les textes de Gérard Coulon sont clairs et s’appuyent largement sur les sources antiques (archéologique, littéraire, artistique, épigraphique, numismatique, etc…). Quant aux magnifiques dessins à l’aquarelle de Jean-Claude Golvin, ils permettent au lecteur non seulement de bien se représenter les paysages de l’époque mais aussi de comprendre les étapes de la construction d’une infrastructure. J’ai déjà mis dans ma wishlist Le génie maritime romain des mêmes auteurs. 

7 réflexions sur “Le génie civil de l’armée romaine de Gérard Coulon et Jean-Claude Golvin

  1. Si j’ai bien compris la théorie, le civil se serait approprié des ouvrages avant tout conçus pour faciliter le militaire. Ma foi, c’est vrai qu’on retrouve ça dans de très nombreuses technologies modernes, à l’origine conçue dans un cadre militaire.
    Merci pour cette critique détaillée. Tu pourrais enseigner l’Histoire romaine non ?

    Aimé par 1 personne

    1. Oui, c’est exactement cela notamment pour les routes, cela a facilité le commerce par la suite. Enseigner l’histoire romaine, je ne m’en sens pas légitime mais commenter une visite d’un musée ou d’un site archéologique sur cette période à des amis ou à des proches qui le demandent, pourquoi pas.

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