L’arpenteuse de rêves d’Estelle Faye

Quatrième de couverture : 

Myri est une Arpenteuse, elle a le pouvoir de s’immiscer dans les rêves des autres. Ce pouvoir est aussi une malédiction qui a causé la mort de sa jeune soeur, quelques années auparavant. Depuis, Myri se tient à l’écart des rêves grâce à la nerfolia, une plante interdite. Mais dans le royaume de Claren, quand on est une habitante de la ville basse, on n’échappe pas facilement à son destin. Une pollution inquiétante se répand autour des ateliers, le long du fleuve.
Elle coïncide avec l’apparition d’étranges fantômes qui s’introduisent dans les rêves et les transforment en cauchemars. Alors, quand le petit Miracle est à son tour frappé par le Mal des fantômes, Myri n’a pas d’autre choix que de redevenir une Arpenteuse.

Editeur : Rageot

Nombre de pages : 352

Prix : 16,90€

Date de publication : 13 Octobre 2021

Mon Avis : 

Je vous mentirai si je vous disais que la magnifique couverture signée Paul Echegoyen n’y était pour rien dans l’achat de ce roman. Mais surtout, L’arpenteuse des rêves était l’occasion de rencontrer pour la première fois l’autrice Estelle Faye aux Imaginales 2021 en octobre dernier. Et j’y suis allée au bon moment car à peine quelques heures après, le roman était en rupture de stock!

Cassandra possède un don d’arpenteur c’est à dire qu’elle peut pénétrer les rêves d’autrui et fait exceptionnel, elle peut même leur subtiliser temporairement des objets pour les ramener à la réalité. Mais ce don va provoquer la mort de sa sœur bien aîmée Lissen. 
Cinq ans plus tard, sous le nom de Myri, Cassandra mène une vie clandestine auprès de sa nouvelle famille de substitution : Colombe, Miracle, Elias, Brune et Lili sont des orphelins abandonnés pour la plupart ou qui ont réussi à s’échapper des ateliers des bas-fonds de Claren. Bien que les conditions de survie ne soient pas toujours idéales, Myri a trouvé un certaine équilibre d’autant plus qu’elle a réussi à bloquer ses rêves grâce à la plante de Nerfolia.
Mais un jour, son quotidien est perturbé par l’arrivée de fantômes dans la ville basse et une étrange maladie qui semble attaquer les plantes cultivées par Colombe. Pire encore,  Armand qui les a rejoint depuis peu et qui est devenu leur précepteur, est arrêté et emmené dans la ville haute. Myri décide alors d’intervenir et ne plus jamais laisser les circonstances la séparer de sa famille…

Un roman Young Adult

L’héroïne Myri a dix-huit ans (treize au moment de la mort de sa soeur). Outre leur précepteur Armand qui en a trente-sept, elle est la plus âgée de sa famille de substitution et est en quelque sorte la mater familias, celle qui assume le rôle de cheffe. Bien que chacun des membres ait un rôle très actif (Colombe s’occupe de faire pousser des plantes et cuisine, Elias répare tout ce qui lui passe entre les mains et sait travailler le bois, Armand est écrivain public, etc…), c’est Myri qui assure leur protection et les rassemble autour de leur foyer, une maison abandonnée dans les bas-fonds de Claren. La jeune adulte s’avère être un personnage très intéressant avec une forte personnalité : déterminée, courageuse mais aussi mesurée, son seul défaut serait le fait qu’elle fait peu confiance aux autres. Elle cache son identité et son don à sa famille pour ne pas les mettre en danger. Mais lorsque Armand est arrêté, elle n’hésite pas à prendre des risques et à se rendre dans un lieu qu’elle ne connaît pas : la ville haute de Claren. 

… efficace…

L’arpenteuse des rêves est un véritable page-turner : son écriture fluide, ses courts chapitres et son intrigue ponctuée de rebondissements et de révélations en font un roman efficace. Surtout, j’ai été subjuguée par la richesse du style d’écriture notamment dans ses descriptions. Estelle Faye a en effet utilisé deux champs lexicaux très imagés pour décrire les deux quartiers opposés de la ville de Claren : la luminosité, la végétation luxuriante, les couleurs, l’emploi de matériaux coûteux caractérisent la ville haute tandis que les eaux glauque et polluée, les bâtiments en mauvais état ou la présence de détritus font des bas-fonds de la cité un endroit où se cotoyent misère et désespoir. La ville de Claren m’a d’ailleurs fait penser (de loin!) au Mont St Michel en raison de sa morphologie urbaine mais aussi du fait de la présence d’une forêt avant l’installation des Humains. 

… et engagé.

Enfin, le roman aborde différents sujets qui peuvent plus ou moins faire écho à notre actualité : 

  • Environnementale : la ville de Claren est en train de mourir en raison de la surexploitation de son environnement et de la pollution due aux activités industrielles. L’un des signes avant-coureur est la disparition des anciennes créatures qui peuplaient sa forêt et ses eaux (comme les ondines ou les tritons) mais aussi l’apparition de fantômes qui affectent les populations (celles ou ceux touchés par eux meurent d’espoir) et enfin, les plantes dépérissent. Si ces symptômes touchaient en premier lieu les bas quartiers, ils affectent ensuite la ville-haute. On peut donc faire un parallèle avec notre monde actuel : si la crise environnementale touche actuellement les pays les plus pauvres, elle finira à terme par toucher tout le monde. 
  • Les inégalités : la population de Claren possède une répartition assez classique en SFFF. Il s’agit d’une ségrégation verticale : c’est à dire que la classe sociale d’un habitant conditionne sa place dans l’espace urbain. Pour résumer, plus on est riche, plus on habite haut dans la cité. Par ailleurs, Estelle Faye dénonce le fait que les riches exploitent les catégories sociales défavorables en installant par exemple les ateliers polluants dans les bas-quartiers. Une nouvelle fois, il est donc aisé de faire un parallèle avec notre monde dans lequel les pays dits développés exploitent les pays en développement. 
  • La tolérance : Estelle Faye oppose dans son roman trois modèles familiaux (faut-il y voir d’ailleurs, trois modèles de société?) :
    – Celui des Silures vit dans la misère : Marcus est le chef incontesté mais il s’impose par la violence, l’ambition et la peur.
    – Celui de Lélio et de sa mère l’Archiduchesse Népanthès n’est au contraire pas dans le dénuement ; en revanche, ils manifestent peu d’amour ou d’affection l’un pour l’autre. 
    – Quand à celui de Myri, il est celui dans lequel les membres s’épanouissent le mieux. Bien qu’ils ne soient pas riches, ils subsistent grâce à l’entraide et à la solidarité mais aussi à la tolérance et au libre-arbitre de chaque membre. 

En conclusion, L’arpenteuse de rêves est un roman Young Adult que je n’hésiterai pas à conseiller au public cible : son écriture fluide, ses courts chapitres et ses rebondissements en font un page-turner efficace. Par ailleurs, il possède également un double niveau de lecture grâce à son engagement très prononcé en faveur de la dénonciation de la crise environnementale et des inégalités sociales de notre monde. Bref, un roman qui vaut le détour!

Autres avis : 

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Zoé prend la plume

12 réflexions sur “L’arpenteuse de rêves d’Estelle Faye

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