Celle qui parle d’Alicia Jaraba

Quatrième de couverture : 

« Fille d’un chef déchu, Offerte comme esclave, elle est devenue une des plus grandes figures féminines de l’Histoire.  » XVIe siècle. Malinalli est la fille d’un chef d’un clan d’Amérique centrale. Peu de temps après la mort de son père, elle est vendue à un autre clan pour travailler aux champs et satisfaire la libido de son nouveau maître. Un jour, d’immenses navires apparaissent à l’horizon, commandés par Hernan Cortez, obsédé par la recherche d’or.
Le conquistador repère Malinalli et son don pour les langues. Elle sera son interprète et un des éléments clefs dans ses espoirs de conquête. Elle sera également celle qui aura le courage de dire un mot interdit aux femmes de son époque : non !

Editeur : Grand Angle

Prix : 24,90€

Nombre de pages : 216

Date de publication : 30 Mars 2022

Mon Avis : 

J’avais étudié dans le cadre de mes cours d’espagnol à l’Université, la conquête de l’Empire Aztèque par les Conquistadors menés par Hernan Cortes. C’était à cette occasion que j’avais fait la découverte du personnage très controversé de La Malinche. Aussi, dès que Babélio que je remercie au passage ainsi que les éditions Grand Angle pour m’avoir envoyé le livre, m’a proposé cette bande dessinée lors d’une Masse critique spéciale, je n’ai pas hésité à participer. Et j’ai bien fait car j’ai eu un véritable coup de coeur!

Au début du XVIème siècle, Mallinalli est la fille d’un des caciques du village nahua d’Oluta au Mexique actuel. Elle a reçu une excellente éducation et son père a tenu à ce qu’elle apprenne la langue de leurs voisins, les Aztèques. En 1511, la jeune adolescente a perdu son père et sa petite sœur, tous les deux emmenés pour être les victimes de sacrifices humains perpétrés par les Aztèques. Si elle a encore sa grand-mère et sa mère, cette dernière s’est remariée avec un autre homme qui fait sentir tous les jours à Mallinelli qu’elle est de trop dans sa famille. Un soir, elle est emmenée en plein milieu de la nuit par des inconnus pour être vendue en tant qu’esclave au peuple Maya plus au sud, dans le Yucatan. Elle apprend alors la langue de ses maîtres, des compétences linguistiques qui seront précieux lorsque les navires d’Hernan Cortes débarquent en 1519…

Une bande dessinée historique…

Ecrire le scénario de Celle qui parle n’a pas dû être facile pour Alicia Jaraba tant les sources historiques sont peu nombreuses et bien souvent lacunaires à propos du personnage de La Malinche. Si cette dernière n’a elle-même pas laissé d’écrits, elle est surtout connue grâce aux récits de témoins directs de la Conquista et proches d’Hernan Cortes (les Espagnols Andres de Tapia, Francisco Lopez de Gomora et Bernal Diaz de Castillo) mais aussi d’un Codex aztèque plus tardif (milieu du XVIème siècle), Le Lienzo de Tlaxcala. Alicia Jaraba a donc dû combler les vides notamment sur la jeunesse de Mallinalli et sa vie avant l’arrivée des Espagnols. Bien que l’on ne saura jamais l’exacte vérité, j’ai trouvé cette partie romancée bien écrite et plaisante à lire.
Pour en revenir aux faits avérés, on sait que Mallinalli était issue du peuple Nahua et qu’elle avait appris la langue des Aztèques. Au moment de l’arrivée des Espagnols, elle était esclave chez les Mayas, avait également appris leur langue et avait une vingtaine d’années environ. Avec vingt autres esclaves, elle a été donnée aux Espagnols et la jeune femme s’est faite baptisée sous le nom de Marina. Repérée pour ses dons linguistiques (elle apprend également l’espagnol), elle devint la guide, la conseillère, l’interprète d’Hernan Cortès et son amante dont elle aura un fils. On perd complètement sa trace après 1528. 

… écrite et dessinée par une linguiste.

Avant de devenir dessinatrice de bande dessinée, Alicia Jaraba a étudié les langues et la littérature espagnole et française. Dans sa post-face, elle rajoute également :

J’ai été traductrice à maintes reprises, donc je sais combien il est difficile d’établir une communication entre deux personnes qui viennent de milieux différents et ne parlent pas la même langue. (P. 216)

Et cette formation se ressent dans la manière avec laquelle Alicia Jaraba a écrit sa bande dessinée. En effet, elle a mis l’accent sur l’apprentissage des langues par Mallinalli et certains chapitres commencent par des mots de la langue Nahual, Maya, Aztèque ou Espagnole formulés par la jeune femme elle-même. Une compétence précieuse qui va jouer un rôle important non seulement dans la vie de Mallinelli puisqu’elle se fera remarquer par Hernan Cortès mais aussi dans la Conquista de l’Empire Aztèque. 

Autre originalité de la bande dessinée, la ou la lecteur(ice) a le point de vue de Mallinelli sur la Conquista ainsi que celui des peuples de la région actuelle du Mexique ce qui est suffisamment rare pour être signalé. En effet, tous les récits que j’avais pu lire auparavant sur cette période provenaient surtout du point de vue des Européens. 

La Malinche, un personnage historique controversé. 

Mallinelli était respectée par les Espagnols car ils sembleraient qu’ils lui aient donnée le titre de « Doña » ce qui signifie « Dame » dans leur langue ainsi que le surnom de « Malinche ». Ce dernier deviendra péjoratif bien après sa mort et aujourd’hui, le « Malinchismo » désigne des personnes qui trahissent leur pays et leur tradition préférant les us et coutumes étrangères. Alicia Jaraba parvient parfaitement à retranscrire le paradoxe qui entoure le personnage de Mallinelli dans sa bande dessinée et la rend humaine : 

  • D’un côté, la jeune femme est considérée comme une traîtresse par les Mexicains car elle a aidé les Espagnols à défaire les Aztèques en un temps record et à créer la colonie de la Nouvelle Espagne. 
  • De l’autre, elle était aussi une esclave qui n’avait pas d’autres choix que d’obéir et de subir. Par ailleurs, certains pensent qu’elle a aussi sauvé une partie de son peuple grâce à la communication et à ses négociations. 

En conclusion, Celle qui parle d’Alicia Jaraba est une bande dessinée remarquable. Si les sources manquent parfois notamment pour reconstituer la jeunesse de la Malinche, l’autrice s’en sort plutôt bien avec un récit certes romancé mais agréable à lire. Les deux principales originalités de cette bande dessinée résident également dans le fait que les langues prennent une place non négligeable dans le récit et surtout, la Conquista est relatée du point de vue des Amérindiens et de la Malinche en personne. Enfin, si elle est aujourd’hui un personnage historique très controversé dans l’Histoire de la construction du Mexique, l’autrice et dessinatrice espagnole parvient parfaitement à la rendre humaine. Bref, un véritable coup de coeur!

7 réflexions sur “Celle qui parle d’Alicia Jaraba

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