Le prince et la couturière de Jen Wang

Quatrième de couverture : 

Le prince Sébastien cherche sa future femme, ou plutôt, ses parents lui cherchent une épouse… De son côté, Sébastien est trop occupé à garder son identité secrète à l’abri des regards indiscrets. La nuit, il revêt les tenues les plus folles et part conquérir Pans sous les atours de l’époustouflante Lady Crystallia, l’icône de mode la plus courue de toute la capitale ! Sébastien a une arme secrète : sa couturière, Francès, une des deux seules personnes à connaître son secret, et sa meilleure amie.
Mais Francès rêve de s’accomplir par elle-même, et rester au service du prince lui promet une vie dans l’ombre… pour toujours. Combien de temps Francès supportera-t-elle de vivre dans le boudoir de Sébastien en mettant ses rêves de côté ?

Editeur : Akileos

Nombre de pages : 286

Prix : 22,00€

Date de publication : 2 Mai 2018

Mon Avis : 

J’ai découvert Le Prince et la couturière sur Twitter grâce à Marion du blog 28 Films plus tard. Comme elle savait que j’avais beaucoup aimé Le Jardin, Paris de Gaëlle Geniller et Peau d’Homme d’Hubert et Zanzim, elle me l’a conseillée. Et elle a visé juste car j’ai également beaucoup apprécié la bande dessinée de Jen Wang qui a remporté le Prix Fauve Jeunesse au Festival International de la Bande dessinée à Angoulême, en 2019. 

On en parle dans tout Paris : le prince Sébastien, héritier de la couronne de Belgique, a seize ans et cherche une future épouse. Toutes les jeunes filles issues des familles les plus en vues de la capitale tentent alors leur chance et vont participer au bal royal du Printemps. Pour cela, elles ont besoin de nouvelles tenues et les ateliers de couture parisiens sont débordés de commandes. Dans l’un d’entre eux, Francès est une toute jeune couturière talentueuse et travaille au service d’un patron peu accommodant. Alors qu’elle doit honorer une commande, elle confectionne une robe très audacieuse. Si la tenue de sa cliente ne fait pas l’unanimité au bal, elle attire toutefois l’attention du Prince. Sébastien souhaite embaucher la jeune couturière pour qu’elle lui crée des tenues pour le moins extravagantes…

Un conte…

La bande dessinée s’inscrit dans le genre du conte et reprend tous les codes de ce genre littéraire : Sébastien a seize ans et est l’unique héritier de la couronne royale de Belgique. Ses parents l’enjoignent à se marier afin de non seulement perpétuer la tradition mais de donner des héritiers et stabiliser ainsi la transmission du pouvoir. Seul changement par rapport à ses parents qui eux ont connu un mariage arrangé, Sébastien peut choisir sa fiancée issue des plus prestigieuses familles européennes. De plus, au vu des costumes et des décors, Jen Wang s’inspire de l’époque du début du XIXème siècle et donne un petit côté Jane Austen à son récit. Mais dans ce conte, il n’y aura point de magie ou de marraine pour réunir deux tourtereaux.

… moderne…

Francès : Quelle genre de robe recherchez-vous? 
Sébastien : Exquise. Dramatique. Romantique. Toutes les nuances du sublime. Quand j’entre dans une pièce, je veux que tout le monde me remarque. Ils n’ont pas à m’aimer ou même à comprendre, mais je veux qu’ils s’en souviennent. (P. 30)

Or dans ce mécanisme bien huilé, le prince Sébastien possède un secret inavouable qui ne correspond pas tout à fait au stéréotype masculin que la société lui impose. En effet, il raffole de la mode et des robes! Raison pour laquelle, il embauche Francès pour son audace et la touche extravagante qu’elle donne à ses confections. Le Prince peut enfin être lui-même à travers ce travestissement et mène une vie nocturne sous le nom de Lady Crystallia.
Et c’est en cela que Le Prince et la couturière m’a fait penser au Jardin, Paris : il est en effet question d’acceptation de soi, d’accomplissement personnel et de tolérance au travers de la réalisation de ses rêves même si cela bouscule les codes et les stéréotypes de la société. Quoi? Un garçon ne devrait pas porter de robe? Savez-vous qu’il n’en a pas toujours été ainsi? Je vous invite alors à lire et à regarder la vidéo d’un article très intéressant de France Culture sur le sujet. Vous pouvez également le compléter avec l’ouvrage de Georges Vigarello sur La Robe, une histoire culturelle qui démontre que la robe n’a pas toujours été un vêtement exclusivement féminin. 
Enfin, le personnage de Francès est également intéressant car elle aussi prend sa vie en main et est indépendante en tant que femme. Elle n’a pas besoin de l’institution traditionnelle du mariage pour s’accomplir. Sa passion pour la mode lui suffit et son succès sera intrinsèquement lié à l’accomplissement et l’acceptation de soi du Prince Sébastien. En gros, chacun des deux protagonistes a besoin l’un de l’autre pour réussir sa vie. 

… aux dessins dynamiques et colorés de Jen Wang

Les dessins de Jen Wang m’ont beaucoup fait penser à ceux de Margaux Motin qui a illustré les romans de Jane Austen : Orgueil et préjugés, Raison et sentiments et Persuasion parus aux éditions Tibert. Le trait est dynamique, les couleurs sont tantôt pastels, tantôt vives avec des oppositions très fortes entre les teintes froides (vert, bleu) et chaudes (orange, jaune, rouge). Les personnages peuvent apparaître caricaturés mais leur physique donne un ton humoristique à l’ensemble. Il y a également un petit côté manga à la bande dessinée. 

En conclusion, j’ai beaucoup aimé Le prince et la couturière qui sous ses faux airs de conte traditionnel (un Prince qui veut se marier) se veut surtout très moderne dans les thématiques abordées (acceptation de soi, accomplissement personnel et tolérance) et positif. Le trait dynamique et coloré de Jen Wang est également très agréable à regarder. Bref, une bande dessinée que je conseille pour les enfants comme pour les grands.

12 réflexions sur “Le prince et la couturière de Jen Wang

  1. C’est vrai que le style a un petit truc de celui de Margaux Motin 🙂
    Ravie que tu aies apprécié ce livre qui avait été un coup de cœur pour moi, adorant quand un livre reprend les codes du conte pour offrir une histoire porteuse de réflexion.

    Aimé par 1 personne

  2. Merci pour cette chronique, je pense que ça va me plaire 🙂 Je le commande aussi pour mes élèves, si tu dis que ça peut être aussi lu par de plus jeunes lecteurs… (je trouve « Peau d’homme » plus compliqué à mettre en rayon en collège ^^)

    Aimé par 1 personne

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