Le Jardin, Paris de Gaëlle Geniller

Quatrième de couverture :

« Le  Jardin » est un cabaret parisien au succès grandissant dirigé par une femme. Toutes celles qui y travaillent ont un nom de fleur et l’ambiance y est familiale. Rose, un garçon  de 19 ans, est né et a grandi dans cet  établissement. Il souhaite à son tour être danseur  et se produire sur la scène, devant un public, comme ses amies. Il va rapidement en devenir l’attraction principale.

Editions : Delcourt

Nombre de pages : 210

Prix : 25,50€

Date de publication : 6 Janvier 2021

Mon Avis : 

Il y a deux semaines, j’ai retrouvé une amie que je n’avais pas vue depuis juillet dernier et on a décidé d’aller se faire un petit marathon « librairie » ensemble. Dans une de mes préférées dédiées à la Bande dessinée, j’étais venue pour prendre seulement Peau d’Homme d’Hubert et Zanzim et Radium Girls de Cy. Mais finalement, cette amie m’a fait découvrir une autre bande dessinée pour laquelle la thématique principale et les dessins inspirés de l’Art Déco m’ont complètement convaincue : Le Jardin de Gaëlle Géniller. Et je n’ai pas regretté mon choix car j’ai eu un véritable coup de coeur pour cette bande dessinée!

Dans les années 20, Rose est un jeune homme qui a grandi dans le cadre très familial et bienveillant du Jardin, cabaret parisien dirigé par sa mère. Il a toujours admiré les numéros des autres danseuses et se rêve aussi sur scène. À dix-huit ans, Rose franchit le pas pour présenter son numéro d’effeuilleuse. Dansant avec passion sans se soucier du regard d’autrui, il ne se doute pas encore du succès qu’il va rencontrer jusqu’à devenir la nouvelle attraction de l’établissement.

Une prédominance des fleurs dans la bande dessinée…

On constate tout d’abord que les fleurs sont omniprésentes :

  • Dans les dessins : les fleurs sont représentées soit comme éléments de décor dans le cabaret, (par exemple, elles sont présentes dans les motifs de tapisseries ou dans l’architecture inspiré de l’Art Nouveau) ou sur les vêtements et accessoires (notamment les bijoux) des danseuses. Les couleurs dominantes des dessins (alternance de brun/rouge/orange/jaune et un camaïeu de différents verts) s’inspirent également des fleurs et donnent un aspect chaleureux à l’ensemble.
  • À travers un champ lexical : Le nom du cabaret est le Jardin et toutes ses danseuses portent sans exception un nom de scène faisant référence à une fleur : Violette, Marguerite, Hyacinthe, Jasmin ou Muguet et sont habillées ou accessoirisées en fonction de leur fleur de prédilection. Sur scène, elles présentent des spectacles de danse en tant qu’effeuilleuse ce qui consiste à retirer leur vêtement. Rose qui est jeune et débute sur scène, est surnommé « petit bourgeon » par les autres danseuses ou est présenté au public « comme la fleur la plus fraîchement éclose ».

…qui met en valeur les notions de sororité et de bienveillance mais aussi d’acceptation de soi…

Ce champ lexical des fleurs possède également un double sens : le Jardin est un endroit dans lequel chacun de ses membres croit et s’épanouit au sens figuré. Les filles sont toutes différentes que ce soit par leur origine sociale ou ethnique mais aussi par leur physique, pourtant elles s’entendent toutes très bien et s’entraident quand l’une d’entre elle a besoin d’aide. Elles partagent tout, les bons comme les mauvais moments. L’ambiance y est familiale, chaleureuse et tolérante. Autre exemple, la mère de Rose a été danseuse au Jardin au début des années 1900. Elle est tombée enceinte à l’issue d’une aventure et lorsque le père l’a appris, il l’a abandonnée. La directrice de l’établissement plutôt que de renvoyer la jeune femme, a décidé au contraire de la garder et de l’affecter à des tâches administratives. Cette gestion va ainsi permettre à la mère de Rose de poursuivre après la mort de l’ancienne propriétaire et de garder l’établissement.

Rose a grandi dans cet environnement très protégé : il est un garçon et se sent comme tel la plupart du temps. Toutefois, comme il le dit lui-même au journaliste venu l’interviewer, il ressent l’envie de s’habiller en femme certains jours. Il le fait sans se soucier du jugement des autres, ce qui fait de ce personnage, un être libre, épanoui et heureux. J’aurais tendance à dire que Rose est un personnage non-binaire (c’est à dire que certaines personnes ne se sentent ni garçon, ni fille ou au contraire, sont un mélange des deux) mais étant donné que j’ai découvert ce sujet il y a peu, je ne me prononcerai pas, préférant laisser la parole aux véritables personnes concernées. Toutefois, je tenais à souligner que c’était la première fois que je rencontrais ce type de personnage dans une fiction. 

Enfin, Rose entretient une relation platonique avec un homme Aimé. A cette époque, l’homosexualité était considérée par la grande majorité de la société comme un trouble « mental ». Toutefois, elle n’était pas punie par la loi en France comme elle pouvait l’être en Angleterre, par exemple. La relation entretenue par Rose et Aimé est acceptée par toutes les fleurs du Jardin et est considérée comme normale.

… tout en dénonçant les travers d’une société patriarcale.

Dans les années 20, la France vient à peine de sortir de la Première Guerre Mondiale : si cet évènement est vécu certes comme un traumatisme en raison du nombre important de morts et de blessés de guerre, il va également permettre de bouleverser les mentalités. En effet, pendant que les hommes étaient au front, les femmes ont pris l’habitude de tout gérer à l’arrière et au sortir de la Guerre, certaines entendent bien de ne pas perdre cette position. Les femmes ne possèdent toujours pas le droit de vote et sont encore considérées comme dépendantes de l’autorité de leur père ou de leur mari. Certaines sont surnommées « Garçonnes » par leur comportement et font scandale : elles portent les cheveux courts, s’habillent en pantalon, fument, boivent et entendent mener leur vie comme elles l’entendent, notamment en terme de sexualité. Le roman La Garçonne écrit par Victor Marguerite et publié en 1922 fera grand bruit et est d’ailleurs mentionné dans la bande dessinée.

Or, Le Jardin dénonce les travers de la société patriarcale

  • Lorsque Rose prend l’apparence d’une femme, il découvre aussi le harcèlement de rue. Attablé à une terrasse, deux hommes insistants viennent l’importuner.
  • A la campagne, Rose fait la rencontre d’une jeune fille Eugénie. À son contact, cette dernière va découvrir le port du pantalon qui s’avère beaucoup plus pratique que les robes. Elle va l’adopter sans plus tenir compte des « moqueries des garçons du village » (p. 146).
  • Enfin, lors d’une soirée mondaine, Rose ose même un trait d’esprit lorsqu’un homme lui fait part de la différence de statut entre un homme et une femme dans la société. 

En conclusion, j’ai eu un véritable coup de coeur pour cette bande dessinée qui met à l’honneur des valeurs positives telles que la tolérance, l’amour, la bienveillance, la sororité et l’acceptation de soi. Ces notions permettent finalement aux personnages de vivre de manière heureuse et épanouie (d’où la référence très prononcée au champ lexical des fleurs). Le jardin permet non seulement de mettre en lumière des personnages peu présents dans les fictions (de mon point de vue, Rose est ainsi un personnage non-binaire) et de dénoncer les travers d’une société patriarcale (le harcèlement de rue, les femmes jugées sur les vêtements qu’elles portent, etc…) malheureusement encore d’actualité aujourd’hui. Bref, une bande dessinée à découvrir.

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