Frontière[s], Anthologie des Imaginales 2021 dirigée par Stéphanie Nicot

Quatrième de couverture : 

Entre fantasy, fantastique et science-fiction, les neuf auteurs et les six autrices de  » Frontières « , l’anthologie des Imaginales 2021, explorent les frontières intérieures, dénoncent celles qui opposent les êtres humains, et rêvent de mondes alternatifs. Le meilleur de l’imaginaire français d’aujourd’hui !
Auteurs : Raphaël Bardas, Paul Beorn, Charlotte Bousquet, Jean-Claude Dunyach, Estelle Faye, Johan Heliot, Loïc Henry, Ariel Holzl, Thibaud Latil-Nicolas, Sylvie Miller, Patrick Moran, Floriane Soulas, Ketty Steward, Rachel Tanner, Jean-Claude Vantroyen.

Editeur : Mnémos

Nombre de pages : 240

Prix : 19,00€

Date de publication : 8 octobre 2021

Mon Avis : 

Je me suis procurée l’Anthologie des Imaginales 2021 lors de l’édition en Octobre dernier et Célindanaë du blog Au pays des caves troll m’en avait également demandé un exemplaire car elle ne pouvait pas participer à cette session. Aussi, avons-nous lu ce recueil de nouvelles ensemble en ce mois de décembre en attendant de se retrouver en mai prochain. Cette lecture rentre également dans le cadre du Challenge Winter Short Stories of SFFF

L’Anthologie des Imaginales 2021 regroupe quatorze nouvelles d’auteur(ice)s francophones et a pour thème celui des Frontières. Elle est divisée en trois parties : « Explorer les frontières, Transgresser les frontières et En finir avec les frontières ». Chacun des textes est alors réparti en fonction de la manière dont il a abordé le sujet.
Pour ma part, c’est la première fois que je lis une Anthologie des Imaginales et de ce fait, je n’ai pas de point de comparaison avec les autres éditions. Mais, j’avoue que j’ai trouvé les nouvelles très inégales ayant adoré certaines tandis que d’autres m’ont laissé plutôt de marbre. 

Explorer les frontières

Estelle Faye, La main à quatre doigts : Par une nuit de tempête, un aubergiste accueille le lecteur(ice) transi(e) de froid et trempé(e) dans son établissement. Tout en lui offrant le gite et le couvert, il lui conte l’histoire tragique de Liam et de Nell, un couple de contrebandiers victime de la convoitise d’un noble de la région, Guy de Saint Georges…

Cette nouvelle est l’une de mes préférées de l’Anthologie. Si le traitement du récit est en lui-même très classique et reprend les codes du roman gothique du XIXème siècle, elle n’en demeure pas moins subtile et pose véritablement un décor immersif empreint de mystère. L’autrice joue surtout sur la frontière entre le réel et l’irréel, celui de la vie et de la mort (on est la nuit de Samain!) et comme le veut la tradition du genre du Fantastique, elle laisse planer le doute quant à son interprétation. Très réussie!

Charlotte Bousquet, La danse de Salia : Salia est une adolescente qui a choisi la carrière de kenzi, une danseuse plutôt que de suivre celle toute tracée par sa mère, une Juge de la cité de Shiqqur la Blanche. Elle décide alors de fuir et se retrouve à Ashar, une cité dévorée par les flammes…

De Charlotte Bousquet, j’avais déjà lu Cytheriae et je n’avais pas été très emballée par ce roman. C’est un peu la même chose pour cette nouvelle, j’ai eu beaucoup de mal à voir où l’autrice voulait aller. Le style d’écriture est poétique avec l’utilisation de tout un champ lexical dédié au feu et aux flammes mais je n’ai pas du tout accroché. La notion de frontière est intrasèquement liée à celle de l’humanité que Salia s’efforce de conserver face à son ennemi destructeur.  

Jean-Claude Dunyach, La Ville, ce soir-là : Daniel est un jeune garçon qui a attrapé la grippe. Il aurait voulu accompagner ses parents à leur soirée mais ces derniers sont catégoriques, il doit garder le lit. Il décide alors de contrevenir à l’ordre de ses parents et s’échappe par la fenêtre pour rejoindre ses amis dehors…

J’avais déjà lu un texte de Jean-Claude Dunyach dans l’Anthologie dédiée à Napoléon Bonaparte mais je n’avais pas accroché à sa nouvelle. Là encore, j’ai trouvé celle-ci très confuse n’en comprenant pas vraiment les tenants et aboutissants. La seule chose que j’ai comprise est le fait que l’auteur joue sur la frontière entre les vivants et les morts. 

Paul Beorn, Le dernier royaume : Mardal est un pauvre comice de cuisine qui n’a rien demandé à personne mais après d’obscures circonstances, il a été jeté dans les caves du château. La fille de la Reine Bianca le convoque alors trois jours après pour en savoir un peu plus sur la mort de sa mère…

J’ai adoré cette nouvelle de Fantasy! Avec celle d’Estelle Faye, c’est l’une de mes préférées de cette anthologie. Le style est fluide, léger et efficace. Le personnage de Mardal dépassé par les évènements est également très sympathique. La frontière cette fois-ci se matérialise sous la forme d’une porte qui donne sur un autre monde à découvrir. 

Thibaud Latil-Nicolas, L’éthique du guerrier : Les frontières de Bleu-Royaume sont poreuses et subissent les incursions fréquentes des peuples fambronnes qui ravagent les terres de l’Eterlandd au nord. Plusieurs légions du Roy sont alors envoyées pour contenir ces attaques dont celle des futurs Chevauche-Brumes…

Cette nouvelle de Fantasy, l’une des plus longues de l’Anthologie, peut être considérée comme un préquel à la trilogie des Chevauche-Brumes. Celles et ceux qui n’ont pas lu cette dernière n’auront aucun mal à l’appréhender ; quant aux autres, ils seront content(e)s de savoir dans quelles conditions Murtion exilé par sa famille, a ainsi intégré la célèbre légion du Roy. La nouvelle est parfaitement bien servie par la plume efficace de l’auteur qui lui donne un souffle épique non négligeable. La frontière est double dans cette nouvelle : elle est d’abord matérialisée par la rivière de l’Elgibre que la Légion doit défendre mais aussi immatérielle car elle symbolise celle de leur humanité face à leurs ennemis faits prisonniers. 

Rachel Tanner, Exodus : Les armées de la Neustrasie viennent de subir une terrible défaite face aux Albionnais lors de la bataille de Montléry. Le fils aîné de Roger de Méricourt a été tué au cours de ce tragique évènement. Et son père dont les terres sont trop proches du Royaume de Burgondie, craint des incursions. Il décide alors de mettre à l’abri sa famille et de les faire partir à l’ouest…

J’ai dans ma PAL l’intégral du Cycle de Mithra de Rachel Tanner, il faut d’ailleurs que je le lise car j’ai beaucoup accroché à la plume émouvante de l’autrice. Cette nouvelle de Fantasy historique est donc une parfaite introduction à son style d’écriture. La nouvelle s’inspire de la Guerre de Cent ans et de la bataille d’Azincourt en 1415 qui a décimé la fine fleur de la chevalerie française. J’ai trouvé cette nouvelle très réussie. 

Transgresser les frontières

Patrick Moran, Ulaanbaatar : Dans un monde post-apocalyptique, ce sont les Occidentaux qui ont trouvé refuge à Oulan-Bator, la capitale de la Mongolie. Le quartier malfamé de la Petite Europe est d’ailleurs sous l’emprise de deux magnats : l’un russe Olgoï Khorkoï et l’autre hong-kongais Dieter Lang. Lorsque Jeudy d’origine haïtienne se voit proposer 2000 tögrögs pour faire visiter ce quartier à une jeune femme blanche richissime dénommée Alice, il ne se doute pas que les choses tourneraient aussi mal…

De Patrick Moran, j’avais lu La crécerelle que je n’avais pas beaucoup aimé. Mais là, je dois dire qu’il m’a plutôt impressionnée avec son univers développé dans cette nouvelle. En effet, il y aurait de quoi en écrire une novella ou un roman. Il y dénonce non seulement le racisme (les français originaires du Maghreb ou de l’Afrique Subsaharienne s’entassent dans des appartements étroits en haut de l’Hôtel Shangri-La) mais aussi les privilèges des Blancs malgré leur statut de réfugiés (au mieux ils sont dans d’autres quartiers sécurisés – les gers- au pire, vivent dans les premiers étages de l’hôtel malfamé cité ci-dessus). La seule chose que j’ai trouvé dommage est la chute qui m’a laissée un peu dubitative. 

Ariel Holzl, Cieux d’artifice : En 1870, la Pax Mechanica règne sur l’Europe après une terrible guerre. Les orphelins Nadya et son frère Patrin ont trouvé refuge au sein de la communauté romaniciel qui sillonne les cieux pour présenter leur spectacle. Alors qu’un jour, la compagnie passe au-dessus du Royaume-Uniforme pour rejoindre les côtes d’Eire, Nadya tente de venir en aide à un jeune garçon poursuivi par des soldats britons…

J’ai dans ma PAL le premier tome des Sœurs Carmines qu’il faut que je découvre. Et je dois dire que j’ai été plutôt charmée par la plume d’Ariel Holzl. Sa nouvelle est très immersive et j’ai beaucoup apprécié l’univers romaniciel qui s’inspire de la culture des gens du voyage mais à la sauce steampunk. Une vraie réussite! 

Johan Héliot, Comme un long hurlement d’acier aux frontières du réel : Le lieutenant de Dion vient de réaliser son rêve : il va partir en expédition à bord du traceur La Raison avec un homme qu’il admire depuis toujours Rügger. L’ordre de mission émane directement du Ministère des Affaires Imaginaires : le commandant et son équipage doivent partir vers les terres australes pour explorer les terres dénommées Incognita

Les romans de Johan Héliot commencent à être bien représentés sur mon blog notamment avec l’excellente uchronie que je vous conseille, la Trilogie du Soleil et j’ai encore celle de La Lune à découvrir. Là encore, l’auteur a fait mouche avec sa nouvelle d’inspiration steampunk : en peu de pages, il parvient à imposer un univers fouillé et onirique que j’ai adoré. A découvrir!

Floriane Soulas, Les enfants prodigues : Dans un futur lointain, les Humains ne peuvent plus procréer naturellement. Pour se reproduire, ils doivent désormais passer par la gestation externe et la procréation génétiquement assistée. La Doctorante Anta spécialisée en Biohistoire, une branche de l’archéologie souhaite dans le cadre de sa thèse, faire une expérience et accoucher après insémination de manière naturelle…

De Floriane Soulas, j’avais lu Rouille dans le cadre du PLIB 2019 et j’ai encore dans ma PAL Les noces de la Renarde. J’ai beaucoup aimé cette nouvelle de Science Fiction Post-Apocalyptique qui si elle peut s’avérer classique, n’en demeure pas moins bien écrite et efficace. Toutefois, je n’ai pas accroché à la chute qui tombe un peu à plat. 

Loïc Henry, Les frontières de pluie : La militaire Maïna Salaün doit se rendre sur la planète Kroashent 3 pour explorer la zone dénommée « les frontières de pluie ». Pour cela, elle fait appel au meilleur spécialiste Jaroslav Onishi qui doit la conduire elle et sa troupe dans cette zone étrange…

Je n’ai pas spécialement aimé cette nouvelle : j’ai eu beaucoup de mal à m’immerger dedans et à comprendre les tenants et aboutissants de la mission de Maïna. La chute quant à elle m’a également laissée dubitative. 

En finir avec les frontières

Ketty Steward, Serrez à droite : Dans un futur proche, Mei-Shan est très heureux et s’apprête à réaliser l’un de ses rêves : conduire une Peugeot 308 comme le faisait ses aïeux au début du XXIème siècle. La prestation de l’agence Loca2000 coûte un peu cher mais il n’en a cure. Alors qu’il s’apprête à prendre le volant, il est pris en otage par une jeune femme qui lui intime de la conduire à un endroit du périphérique parisien bien précis…

L’idée de départ était vraiment très intéressante mais malheureusement, la nouvelle est vraiment trop courte pour que l’univers soit suffisamment immersif et les personnages intéressants. Je dois dire que je suis complètement passée à côté. 

Sylvie Miller, Pépin et les tracas d’un Roi : Dans une Europe féerique, le Roi Pépin IV est catastrophé : le Royaume de l’Ouest gouvernée par les Nains veut se retirer de l’Union. Avec cette première désaffection, il craint que l’équilibre pacifique et prospère qui unissait tous les Royaumes ne soit rompu. Il fait alors convoquer rapidement un Conseil d’urgence…

Dans cette nouvelle, Sylvie Miller fait évidemment référence au Brexit qui a secoué l’Union Européenne et a provoqué le départ du Royaume-Uni, le 31 Janvier 2020. J’avoue que je n’ai pas du tout accroché cette nouvelle, j’ai trouvé qu’elle manquait de finesse dans son traitement et les personnages m’ont agacée. 

Raphaël Bardas, Coureur des bêtes : Aragan est le fils aîné du Roi Mercalan d’Ascalogne et il doit un jour hériter du trône. En attendant, le Prince est un rêveur qui a beaucoup d’idéaux et souhaite profondément révolutionner son futur royaume. Son père voyant cela d’un mauvais œil le convoque un jour et le met devant le fait accompli. Aragan décide de renoncer au trône et devient Coureur des bêtes à la place de son jeune frère Domien…

J’ai beaucoup apprécié les deux romans de Raphaël Bardas, Les chevaliers du tintamarre et Le voyage des âmes cabossées. Si Coureur des bêtes se déroule dans le même univers et fait référence à la culture espagnole également (la Catalogne), malheureusement, je n’ai pas trop accroché non plus à cette nouvelle de Fantasy. J’ai eu du mal à savoir où l’auteur voulait en venir exactement. 

En conclusion, je reste assez partagée par la nouvelle Anthologie des Imaginales dirigée par Stéphanie Nicot sur le thème des Frontière[s]. En effet, je n’ai pas accroché à six textes environ sur les quatorze. En revanche, les nouvelles de Paul Beorn et d’Estelle Faye se démarquent car j’ai eu un petit coup de coeur pour elles tandis que j’ai beaucoup apprécié celles de Thibaut Latil-Nicolas, Rachel Tanner, Patrick Moran, Ariel Holzl, Johan Héliot et Floriane Soulas. Bref, à vous de vous faire votre propre opinion. 

Autres avis : 

Célindanae

Yuyine

8 réflexions sur “Frontière[s], Anthologie des Imaginales 2021 dirigée par Stéphanie Nicot

  1. Les différents retours ne m’inspirent pas, mais il faut préciser que je ne suis pas fan de la forme courte. Plus précisément des recueils. Un texte court ici ou là, j’aime bien. Il y en a des magnifiques, cependant, j’adore m’immerger dans un univers, et la forme courte ne me comble pas sur cet aspect.

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  2. J’adore Ariel Holzl, j’espère que tu te laisseras vite séduire par ses romans ! Dans les sœurs carmines le tome 2 est mon favori 👌

    Pour cette anthologie par contre même s’il y a des auteurices que j’aime bien au programme, je ne suis pas plus emballée que ça 😅 je ne saurais pas expliquer pour quelle raison. N’empêche il faudrait que je lise un jour une anthologie des Imaginales !

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  3. Hormis sur les textes La ville, ce soir-là et Coureur des bêtes, nos avis sont très similaires. J’ai absolument été soufflée par la richesse de Ulaanbaatar, émue par la plume d’Ariel Holzl ou admirative des textes d’Estelle Faye et Paul Beorn. Une excellente anthologie!

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