Apprendre si par bonheur de Becky Chambers #ProjetOmbre

Quatrième de couverture : 

« Nous n’avons rien trouvé que vous pourrez vendre. Nous n’avons rien trouvé d’utile. Nous n’avons trouvé aucune planète qu’on puisse coloniser facilement ou sans dilemme moral, si c’est un but important. Nous n’avons rien satisfait que la curiosité, rien gagné que du savoir. » Un groupe de quatre astronautes partis explorer des planètes susceptibles d’abriter la vie : hommes et femmes, trans, asexuels, fragiles, déterminés, ouverts et humains, ils représentent la Terre dans sa complexité.

Editeur : L’Atalante

Nombre de pages : 140

Prix : 12,90€

Date de publication : 20 Août 2020

Mon Avis : 

Cette novella est ma première porte d’entrée dans l’écriture de Becky Chambers. Cet autrice américaine avait déjà publié une trilogie Les voyageurs que je ne connais pas mais Apprendre si par bonheur peut se lire indépendamment. Ce qui m’avait avant tout attiré dans les chroniques de mes blogopotes sur cette novella, c’est la mention d’une Science Fiction positive. Je n’en avais jamais lu et dans le contexte dans lequel nous sommes aujourd’hui, ce genre de littérature est le plus que bienvenue.

Au XXIIème siècle, Ariadne O’Neill fait partie de la mission d’exploration Lawki 6 avec ses trois autres coéquipiers, Elena Quesada-Cruz, Jack Vo et Chikondi Daka. A bord de leur vaisseau le Merian, ils ont pour but d’étudier l’écosystème d’une lune et de trois planètes habitables (Aecor, Mirabilis, Opera et Votum) autour de la naine rouge Zhenyi. Après vingt-huit ans de voyage (mais qui n’en compte véritablement que deux pour leur organisme), ils arrivent enfin à destination et commencent par explorer la lune Aecor.

Un Planet opera…

La novella est découpée en quatre chapitres qui correspondent aux explorations sur chacune des quatre lune et planètes. Les membres de l’expédition devront ainsi rester quatre ans sur chacune d’entre elles afin d’étudier leur morphologie et éventuellement la présence d’organismes vivants. Et je dois dire que le voyage est assez merveilleux au sens premier du terme : l’autrice fait ainsi intervenir tout un bestiaire propre à chaque planète ce qui suscite la curiosité et l’admiration chez l’héroïne comme chez le lecteur.

Dans les remerciements, Becky Chambers le dit elle-même, elle ne possède pas de formation scientifique mais les connaissances délivrées au fil du texte (notamment en biologie, en physique ou en planétologie) sont suffisamment crédibles pour faire apparaître Ariadne et son équipe aux yeux du lecteur, comme de véritables scientifiques. Et pour ma part, je n’ai pas eu non plus de véritables difficultés à appréhender les parties plus « scientifiques », signe que la vulgarisation est efficace.

De plus, Becky Chambers a introduit dans son récit des technologies actuellement en cours d’élaboration. C’est ainsi qu’en 2018, elle a fait la connaissance d’une doctorante d’un laboratoire du MIT dont les travaux consistait à utiliser « la biologie synthétique pour résoudre les difficultés du voyage spatial humain » (p. 139). Cette idée sera d’ailleurs le point de départ d’écriture de la novella Apprendre si par bonheur et dans laquelle Becky Chambers donnera le nom de « somaformation ». Cette technologie s’apparente ainsi à une combinaison portée par les astronautes : elle permet à leur corps et à leur morphologie de s’adapter aux conditions de la planète visitée (gravité, masse, température, etc…).

Mirabilis appartient à la catégorie qu’on appelle « superTerre » : une géante rocheuse presque deux fois plus grosse que notre planète. A sa surface, ma masse resterait bien sûr la même mais mon poids doublerait. Tout ce que j’aurais à soulever deviendrait aussi deux fois plus lourd (…). Même si j’étais en grande forme physique, l’effort fournir en permanence me serait néfaste : déchirures, fractures, traumatismes, sans parler du risque terrifiant que mon système cardio-vasculaire finisse par ne plus avoir la force d’envoyer mon sang jusqu’à mon cerveau. (…) Pour Mirabilis, j’avais donc reçu des fibres musculaires additionnelles. Et en quantité. (P. 59)

… avec un peu de dystopie…

Cet aspect dystopique concerne essentiellement la Terre avec laquelle l’équipe d’Ariadne garde contact. Il prend deux formes :

  • La première, sur le long terme, a été provoquée par les activités humaines dès le XXème siècle et connaît une accélération au début du XXIème siècle : il s’agit de la crise environnementale.

Mais ma génération ne pensait qu’à réparer les dégâts causés par la catastrophe écologique due à nos aînés, dont les conséquences étaient bien connues mais soigneusement ignorées. (P. 120)

Dans ce cadre, le réchauffement climatique, la montée des eaux et la diminution des ressources naturelles ont provoqué de nombreuses crises : politique (puisque les frontières entre pays ont beaucoup évolué), économique (les programmes spatiaux ne sont plus la priorité et ont été arrêtés pendant plus de cinquante ans), sanitaire (les services de soin et de santé ne sont plus garantis), migratoire (il y a eu de nombreux déplacements de population à cause de territoires engloutis sous les eaux), etc…

  • Attention SPOILER : Le seconde est au contraire un accident provoqué par une éruption solaire au XXIIème siècle : un orage magnétique. L’équipe des quatre astronautes ne reçoivent en effet plus de nouvelles de la Terre car la tempête a grillé les satellites et autres installations nécessaires aux télécommunications. C’est la mission Lowki5 de retour dans le système solaire qui va informer Ariadne et son équipe de la catastrophe.

… mais avant tout une SF positive.

On comprend que les Humains aient arrêté de vivre dans l’espace avant 2030. Comment penser aux étoiles quand les océans débordent? Comment s’intéresser aux écosystèmes aliens quand la chaleur rend les villes inhabitables? Comment échanger carburant, métal et idées quand sur toutes les cartes les lignes sont mouvantes? Comment se préoccuper des autres planètes quand des drames se jouent sur celle où on est coincé, quand la santé et la sécurité ne sont plus assurées? (P. 24)

Dans ce contexte particulièrement morose, les six missions d’exploration Lawki représentent donc un espoir pour l’Humanité. L’exploration spatiale arrêtée pendant plus de cinquante ans après les années 2030 n’est désormais plus financée par les Etats mais par des initiatives privées : le GAO (Groupement Astronautique Ouvert). Le but de ces missions n’est donc plus lucratif mais seulement la connaissance.

Nous n’avons rien trouvé que vous pourrez vendre. Nous n’avons rien trouvé d’utile. Nous n’avons trouvé aucune planète qu’on puisse coloniser facilement ou sans dilemme moral, si c’est un but important. Nous n’avons rien satisfait que la curiosité, rien gagné que du savoir. Pour moi, ce sont les plus nobles des buts. (P. 134)

  • Les équipes ainsi choisies sont représentatives de l’Humanité tout entière notamment au travers des différentes origines (Ariadne est blanche, Elena sud-américaine, Jack d’origine asiatique et Chikondi noir) et de leur genre (il y a deux femmes, un homme et un transsexuel). Malgré les épreuves notamment sur la planète Opéra, l’équipe reste soudée et les membres s’entraident. S’il existe des tensions, elles sont vite résolues par les discussions et le vote démocratique.
  • Enfin, les missions ne sont plus anthropocentrées. Les Humains ne viennent pas pour conquérir et pour dominer mais pour étudier et apprendre. Dans ce cadre éthique et respectueux, les membres de l’équipe font bien attention à avoir le moins d’incidences possibles sur l’écosystème de la planète. Et pour cela, ils respectent un protocole très stricte.

Je suis une observatrice, pas une conquérante. Je n’ai aucune envie de forcer une planète à s’adapter à moi. Je préfère marcher d’un pas léger : m’adapter à elle. (P. 20)

En conclusion, Apprendre si par bonheur a pour cadre principal l’exploration d’une lune et de trois planètes et lui fait donc appartenir au genre du Planet opera. Toutefois, les frontières sont également brouillées avec d’autres genres de la Science Fiction, puisqu’elle mêle aussi dystopie (notamment avec la situation environnementale qui empire au XXIème siècle sur Terre) et Science Fiction positive dans laquelle transparaissent les valeurs suivantes : représentativité, éthique, respect, entraide, paix et connaissance. Et dans notre quotidien actuel, ces notions sont plus que bienvenues!

Autres avis : 

BazaR

Elhyandra

Le chien critique

Ombrebones

Yuyine

Cette novella participe au #ProjetOmbre

13 réflexions sur “Apprendre si par bonheur de Becky Chambers #ProjetOmbre

  1. Je me suis arrêtée à spoilers. Cela fait un bon moment que je l’ai repéré celui-ci et que j’ai envie de le lire. Un feel good book en cette période, c’est ce qu’il me faut.
    Fugure-toi que nous sommes en train de lire le même livre…; (ok, c’est nul. Je sors)

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  2. Merci pour le lien 🙂
    C’est un texte coup de cœur pour moi, je l’ai lu pile au bon moment quand il m’a fait le plus de bien et d’effet. Un vrai doudou ! Même si la fin peut laisser croire le contraire, je l’ai trouvé sublime dans son ensemble.
    Superbe chronique en tout cas !

    Aimé par 1 personne

  3. Tiens, j’étais passée à côté de cette chronique formidable… ! Et encore, je n’ai pas tout lu parce que tu as mis des alertes spoilers : je viens d’acheter le bouquin, j’ai prévu de le lire sous peu. Je n’avais pas capté de suite que c’était du format court, c’est encore mieux, je vais pouvoir l’intégrer au projet Ombre aussi du coup. Parfait !
    Je reviendrai donc après ma lecture pour relire l’intégralité de ta chronique passionnante 🙂

    Aimé par 1 personne

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