Les Maîtres enlumineurs de Robert Jackson Bennett

Quatrième de couverture : 

Toute l’économie de l’opulente cité de Tevanne repose sur une puissante magie : l’enluminure. A l’aide de sceaux complexes, les maîtres enlumineurs donnent aux objets des pouvoirs insoupçonnés et contournent les lois de la physique.
Sancia Grado est une jeune voleuse qui a le don de revivre le passé des objets et d’écouter chuchoter leurs enluminures. Engagée par une des grandes familles de la cité pour dérober une étrange clé dans un entrepôt sous très haute surveillance, elle ignore que cet artefact a le pouvoir de changer l’enluminure à jamais. Quiconque entrerait en sa possession pourrait mettre Tevanne à genoux. Poursuivie par un adversaire implacable, Sancia n’aura d’autre choix que de se trouver des alliés.

Editeur : Albin Michel Imaginaire

Nombre de pages : 640

Prix : 24,90€

Date de publication : 31 Mars 2021

Mon Avis : 

J’avais repéré Les Maîtres enlumineurs sur le blog d’Apophis et son avis m’avait interpellée car il avait affirmé que le roman contenait « peut-être le meilleur système de magie de toute l’histoire de la Fantasy », phrase reprise sur le bandeau de l’édition française. Aussi, lorsque les éditions Albin Michel Imaginaire me l’ont proposée en Service Presse, je n’ai pas hésité longtemps et je les remercie de m’avoir fait découvrir probablement l’une de mes meilleures lectures de 2021!

Cela fait à peine trois ans que Sancia a débarqué dans la puissante cité marchande de Tévanne. Pour survivre dans le quartier malfamé des Communes, elle a fait du vol l’une de ses spécialités. Mais attention, elle ne se contente pas du menu fretin, Sancia est l’une des meilleures et c’est pour cela que son employeur Sark l’engage pour les coups les plus difficiles. Il faut dire que la jeune femme possède un don particulier : celui de pouvoir sentir le passé des objets et d’entendre murmurer ceux enluminés. Sa nouvelle mission est d’aller voler dans les bureaux du Guet maritime, situés sur le front de mer, un petit coffret contenant une clef. Et le commanditaire est prêt à payer pour cela une somme assez rondelette : pas moins de 20000 duvots. Si la jeune femme atteint bien son objectif, sa mission ne se déroule pas vraiment comme prévue. En effet, non seulement elle a causé l’embrasement d’une partie importante du front de mer mais le chef du Guet Gregor Dandolo se met à la poursuivre avec ténacité…

Un roman de Fantasy…

A n’en point douter, l’univers s’inscrit tout d’abord dans le registre de la Fantasy. Je vous avoue qu’au début, j’étais même plutôt contente car les noms des personnages (Sancia, Claudia, Giovanni, Orso, etc…), des grandes familles qui dirigent la cité (Dandolo, Candiano, Morsini et Michael) ou la toponymie (Campo, Durazzo) ont une consonance italienne. Le fait que Tévanne possède des canaux m’a fait penser à la ville de Venise. Mais surtout, il s’agit d’une cité marchande spécialisée dans une industrie de « pointe » et dont les secrets de fabrication de l’enluminure sont jalousement gardés à l’instar des fonderies du verre de la Sérénissime.
Même si cet aspect « Renaissance italienne » est finalement peu perceptible dans le roman, on peut toutefois la retrouver dans la présence des quatre grandes familles nobles qui dirigent la cité. Leurs territoires (appelés Campo) recouvrent la quasi totalité de Tévanne environ et possèdent un niveau de développement et de salubrité bien meilleurs que les quartiers miséreux des Communes. Deux familles (les Dandolo et les Candiono même si ces derniers sont en déclin) prédominent les autres grâce à leur puissance économique et à leur capacité d’innovation. Toutefois, d’un point de vue politique, leur influence semble être équilibrée puisqu’elles siègent de manière égalitaire au Conseil des maisons marchandes de la Cité.
Enfin, le roman s’inscrit dans les registre de la Crapule Fantasy (n’oublions pas que Sancia vole pour pouvoir survivre) et la Dark Fantasy (les conditions de vie dans les Communes sont misérables. La loi du plus fort règne et l’on peut se faire égorger pour quelques duvots. Quant à la justice et à la paix civile, n’y songez même pas, elle n’existe pas en l’absence de soldats chargés de maintenir l’ordre).

… avec quelques petites touches de Science Fiction…

Les Maîtres enlumineurs possèdent également quelques éléments qui devraient combler les amateurs de Science Fiction. Et cela tient essentiellement à la technique de l’enluminure des objets. Je dois dire que j’ai été vraiment impressionnée par le degré de développement et de réflexion apporté par Robert Jackson Bennett pour rendre « crédible » son système de magie. De plus, je n’ai pas vraiment eu de difficultés à l’appréhender car l’auteur a su distiller par petites touches dans le récit ses explications et je ne me suis pas sentie noyée par les informations.
Pour faire court, l’enluminure se pratique dans des fonderies. Il s’agit d’une technique bien particulière qui permet de graver sur l’objet en question une écriture spécifique et de les animer pour qu’ils obéissent aux ordres qu’on leur a donnés. Prenez par exemple, les roues enluminées d’un carrosse. Elles n’auront alors pas besoin d’un animal pour les tirer ni d’un conducteur pour les guider, elles bougeront seules dans la direction voulue car elles ont été « programmées » pour suivre la topographie d’un terrain. Il en sera de même pour une poutre de bois à qui l’on aura ordonné d’être aussi dure que de la pierre pour maintenir solidement une construction.
Enfin, on pourrait également rapprocher ce roman du genre du Cyberpunk. Sancia correspond au anti-héros de ce genre. Il s’agit d’un personnage solitaire et marginal qui possède des facultés hors-normes mais qui s’en sert uniquement pour survivre dans des conditions difficiles. Or, par ses capacités, elle va être un grain de sable dans la machine bien huilée et implacable des Maisons marchandes de Tévanne.

… aux innombrables qualités.

Le roman fait plus de 600 pages et je vous avoue que je ne les ai pas vues défiler tant j’ai été happée immédiatement par l’intrigue. Le récit est mené tambour battant alternant de manière efficace rebondissements, révélations et explications de l’univers et du système de magie sans qu’à aucun moment, je ne me sois sentie perdue. J’ai rarement été aussi prise par un roman et à l’instar de sa novella Vigilance, je l’ai trouvé très addictif.
Quant aux personnages, ils sont bien construits et attachants. Au fur et à mesure que l’intrigue avance, on en apprend un peu plus sur eux.

  • Autant vous dire que je me suis sentie très concernée par ce qui arrivait à Sancia. Elle a connu un passé très douloureux et n’a pas été épargnée. La pauvre se retrouve également dans des situations très précaires mais parvient heureusement à s’en sortir in extremis à mon grand soulagement.
  • J’ai également beaucoup apprécié Gregor Dandolo qui est peut-être un peu idéaliste parfois (il a l’intention de créer un système judiciaire dans les Communes) mais il est nuancé. En effet, il n’est pas un chevalier blanc épris de justice, il est obligé parfois de recourir à des méthodes expéditives et violentes pour arriver à ses fins.
  • Enfin, contre toute attente, j’ai adoré le personnage de Clef! Comme Sancia est sensible aux objets, elle peut donc communiquer avec la clef qu’elle a été chargée de voler dans les bureaux du Guet maritime. Les capacités de cet objet sont assez extraordinaires car il peut ouvrir toutes les portes et toutes les serrures enluminées. Pour cela, il les dupe. Si une porte a été programmée pour s’ouvrir sur l’intérieur, il lui demande de rabattre ses battants sur l’extérieur! Clef permet ainsi à Sancia de se sortir de situations périlleuses et j’ai beaucoup apprécié la relation qui les lie tous les deux.

En conclusion, j’ai eu un énorme coup de coeur pour Les Maîtres enlumineurs! Son univers riche et facile à appréhender s’inscrit dans le registre de la Fantasy (avec une inspiration très ténue de la Renaissance Italienne mais aussi reprenant les caractéristiques de la Dark Fantasy et de la Crapule Fantasy) avec quelques notes du domaine de la Science Fiction (notamment grâce au système de magie et à l’aspect Cyberpunk très présent). Son intrigue est également très efficace et menée tambour battant tandis que les personnages sont non seulement nuancés mais aussi attachants. Bref, un premier tome que j’ai adoré et je compte bien continuer le reste de la trilogie. En attendant, je vais grandement m’intéresser à un autre roman de l’auteur, American elsewhere.

Autres avis : 

Albédo

Apophis (Lu en VO)

Boudicca (Le Bibliocosme)

Celindanae

Elhyandra

Feyd’Rautha

L’ours inculte

Le Bibliocosme (Boudicca)

Le chien critique

Le Maki

Les chroniques du chroniqueur (Lu en VO)

Yuyine

26 réflexions sur “Les Maîtres enlumineurs de Robert Jackson Bennett

  1. Je savais que ça me plairait, ça. Et ta chronique, passionnante, a fini de me convaincre. Comme toi, j’aime bien quand l’univers va jusqu’au bout, et que les noms des personnages et des lieux aient cette consonnance italienne attendue c’est important. La vivacité du récit et le mélange de plusieurs genres d’imaginaire aussi me plaisent.
    Je le lirai donc avec plaisir, une fois évidemment que tout sera sorti, je reste fidèle à ma règle n°1 : ne jamais commencer de série tant que tout n’est pas paru !

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  2. Grâce à ta chronique et celle de Celindanaé je suis hyper motivée pour le commencer ^^ J’avais été un peu plus mitigée sur « American Elsewhere » mais celui-ci semble faire l’unanimité, c’est chouette !

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  3. Bien que j’ai mis beaucoup plus de temps que toi à rentrer dedans, je te rejoins pleinement sur la richesse de l’univers magique vraiment abouti. J’aurai juste souhaité une intrigue un peu moins classique.

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