Ring Shout de P. Djéli Clark

Quatrième de couverture : 

Macon, 1922. En 1915. le film Naissance d’une nation a ensorcelé l’Amérique et gonflé les rangs du Ku Klux Klan. qui depuis s’abreuve aux pensées les plus sombres des Blancs. A travers le pays, le Klan sème la terreur et se déchaîne sur les anciens esclaves, déterminé à faire régner l’enfer sur Terre. Mais les Ku Kluxes ne sont pas immortels. Sur leur chemin se dressent Maryse Boudreaux et ses compagnes de résistance : une tireuse d’élite à la langue bien pendue et une Harlem Hellfighter.
Armées de fusils, de bombes et d’une épée imprégnée de magie ancestrale, elles chassent ceux qui les traquent et renvoient les démons du Klan tout droit en enfer ; alors qu’un complot effroyable se trame à Macon et que la guerre contre le mal est sur le point de s’embraser.

Editeur : L’Atalante

Nombre de pages : 170

Prix : 12,90€

Date de publication : 21 Octobre 2021

Mon Avis : 

Après avoir adoré les précédentes novellas publiées chez l’Atalante, Les tambours du dieu noir et Le mystère du tramway hanté, je me suis donc précipitée sur le nouvel opus Ring Shout qui se déroule dans l’Amérique ségrégationniste des années 20. Malheureusement, bien que cette novella ait obtenu le Prix Nebula en 2020 et le Prix Locus 2021, je n’ai pas vraiment accroché en raison de ses inspirations lovecraftiennes.

L’intrigue se déroule à Macon, en Géorgie, au sud des Etats-Unis. En 1922, le souvenir de l’esclavagisme est encore très présent et l’organisation du Ku Klux Klan se nourrit de propagande raciste avec la diffusion du film Naissance d’une nation. Les Blancs enrôlés n’ont alors aucune honte à défiler dans les rues ou à s’en prendre violemment aux Noirs lors d’expéditions punitives. Sadie, Maryse et Chef sont trois jeunes femmes noires qui ont décidé de se défendre contre ces monstres. Un après-midi, elles campent armées sur un toit et tendent un piège aux Ku Kluxes en les attirant avec un chien mort. Trois d’entre eux ne tardent pas à pointer le bout de leur nez. C’est alors que Sadie tire la première…

Dans l’Amérique ségrégationniste des année 20,…

Phenderson Djéli Clark est historien et professeur à l’Université du Connecticut. Spécialisé sur les questions de « l’esclavage et de l’émancipation dans le monde atlantique » d’après sa biographie dans la présente édition de Ring Shout, il n’est donc pas étonnant qu’il ait donné pour cadre l’Amérique des années 20 et la montée du Ku Klux Klan.
Cette organisation raciste et terroriste a vu le jour en 1865-1866 après l’adoption des 13ème, 14ème et 15ème amendements promulguant l’abolition de l’esclavage et accordant la citoyenneté et le droit de votes aux afro-américains. Les Etats du Sud des Etats-Unis dont la Géorgie ne l’entendent pas de cette oreille car une partie de l’économie locale se fondait sur l’exploitation de l’esclavage. Entre 1865 et 1871, les membres du Ku Klux Klan vont mettre à feu et à sang les Etats du Sud perpétrant meurtres, viols, intimidations auprès de la population noire mais aussi contre les Blancs qui soutiennent cette dernière.
Péréclitant au début du XXème siècle, l’organisation connaît un nouvel engouement aux Etats-Unis à partir de 1915 lors de la diffusion d’un film raciste et nationaliste qui réécrit l’Histoire et fait passer les Blancs pour des victimes, Naissance d’une Nation (The Birth of a Nation). Cette seconde vague durera jusqu’en 1944 durant laquelle les membres du Ku Klux Klan reprendront leurs activités violentes à l’encontre des populations afro-américaines. 

…la novella appartient au genre de l’Horreur…

L’auteur s’inspire donc de ces évènements réels et les adaptent aux personnages de Ring Shout : 
– En 1915, la famille de Maryse (sa mère, son père et son frère) sont ainsi tués lors d’une expédition violente et gratuite de la part du Ku Klux Klan. La jeune femme ne doit son salut qu’au fait qu’elle a réussi à se cacher sous le plancher. 
– En 1922, Maryse, Sadie et Chef doivent se battre contre les Klansmen qui ont mis le feu au Frenchy’s, un bar détenu et fréquenté par des afro-américains à Macon. 
– Le KKK organise des défilés dans les rues comme au début de la novella, le 4 Juillet à Macon. 
– Les membres du KKK se réunissent à Stone Mountain pour une cérémonie au cours de laquelle ils vont visionner le film Naissance d’une Nation et allumer le feu à une croix. Cet évènement a bien eu lieu mais en 1915. 
– Ils portent un uniforme caractéristique avec une robe et leur visage est masqué par une capuche longue et conique. Celui des membres des Klansmen est blanc (toutefois, la couleur pouvait changer en fonction du grade). 

Outre ces évènements qui s’inspirent de faits réels, l’auteur fait littéralement de ces membres du KKK de véritables monstres. Provenant d’une autre réalité, les Ku Kluxes auraient été invoqués pour la première fois à la fin du XIXème siècle ; après une première victoire qui les a fait refluer, ils reviennent de plus en plus en forts lors d’une seconde vague en 1915. Ils se servent alors de la diffusion du film de propagande Naissance d’une Nation et du produit de la haine pour transformer les êtres humains en Ku Kluxes. Et je dois dire que ces métamorphoses sont assez dérangeantes (que ce soit les bouches qui recouvrent le corps de Clyde le Boucher ou la Grande Cyclope assez répugnante qui apparaît lors de la cérémonie de Stone Mountain). Cela se rapproche un peu de l’univers de H. P. Lovecraft et du mythe du Cthulhu auquel il fait littéralement référence à la fin de la novella : 

– « Une nouvelle menace se profile, poursuit Tante Ondine en se penchant vers moi. Une quête t’attend! Qui te mènera sur une île dans la province de Rhodes! »
Je me fige à mi-gorgée. « Providence, voulez dire? Rhone Island? »
– C’est ce que j’ai dit, non? dit-elle, étonnée. L’ennemi a tourné son attention vers cette contrée – vers un homme susceptible de l’aider à infiltrer davantage votre monde, à ouvrir des portes pires encore que celle de la Grande Cyclope. » (p. 168-169).

… et reprend les codes de la Fantasy.

P. Djéli Clark lui-même aborde le sujet dans son Avant-propos : 

Je voulais de la fantasy qui s’affranchisse des horizons habituels, qui propose un cadre différent, auquel les lecteurs ne s’attendraient pas de prime abord. (P. 9)

En effet, bien que la novella se déroule dans les Amériques des années 20, il reprend un certain nombre de codes de la Fantasy classique à savoir :
– Le thème de l’Elu(e) avec le personnage de Maryse.
– Celui de l’Orpheline lorsque la jeune femme perd sa famille tuée par les Klansmen.
– L’épée qu’elle peut faire apparaître comme par magie.
– Les « marraines » de Maryse, ses tantes Ondine, Jadine et Margaret qui se trouvent dans une autre réalité et qui la conseillent. 
– Des sorciers dont Nana Jean qui pratiquent le Shout, une sorte de danse rituelle. 
– Un idiome spécifique (les personnages principaux parlent le créole afro-américain gullah-geechee qui n’a pas dû être facile à traduire par Mathilde Montier!). 
– Un bestiaire imaginaire à savoir les Ku Kluxes, la grande Cyclope (qui fait référence à un titre honorifique dans la hiérarchie du KKK, le Grand Cyclope), les Docteurs de la nuit, etc…

En conclusion, cette novella possède une univers très complexe qui s’inspire des évènements réels issus de l’Amérique ségrégationniste des Année 20 et des manifestations de violence du Ku Klux Klan à l’encontre de la population afro-américaine. Un contexte auquel P. Djéli Clark parvient très finement à insuffler des éléments d’horreur empruntés à H. P. Lovecraft mais aussi à la Fantasy classique. Toutefois, n’étant pas très fan de l’univers lovacraftien ni le surréalisme, je dois dire que je n’ai pas véritablement accroché à cette novella. Toutefois, j’ai grand hâte à découvrir son nouvel opus qui paraîtra le mois prochain chez l’Atalante : Maître des Djinns

PS : est-ce que cette novella est susceptible d’intéresser quelqu’un? Comme je n’ai pas trop aimé, je souhaite l’offrir. Si oui, mettez un commentaire dessous et je la proposerai au Concours des 6 ans du blog, le mois prochain. 

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17 réflexions sur “Ring Shout de P. Djéli Clark

  1. N’étant pas encore lassée des lovecrafteries, et avec tout le bien que tu écris de cet auteur, j’ai autant envie de découvrir ce titre à l’occasion que les autres de P. Djèli Clark. Tu ne lis pas trop d’horreur il me semble ? Ce que tu dis de la novella me fait également penser à du Clive Barker ou du Dan Simmons – c’est souvent le cas d’ailleurs dans les inspirations lovecraftiennes récentes.

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    1. Je ne lis quasiment pas d’horreur en effet et je n’aime pas du tout le monde de Lovecraft. En fait, je n’avais pas vu cela avant de prendre la novella. Toutefois, elle est intéressante pour son contexte historique et ses personnages, je trouve.

      Aimé par 1 personne

      1. Je suis plus difficile j’aime la musique de notre langue, et quand elle est là, elle s’efface pour laisser la place à mon imagination. Ici, j’ai vu le style, je suis parvenue à « voir » la narratrice, mais l’histoire m’échappait.
        Je me rends compte que je ne suis pas très claire. 😉

        Aimé par 1 personne

  2. Il faudrait vraiment que je lise ce texte ! Et que je l’achète déjà xD Tout le monde l’a chroniqué cette semaine décidément 😱
    J’ai du retard dans les sorties de l’auteur… en plus j’avais vu ce film en histoire du cinéma aussi du coup je me demande comment je recevrais la novella 🤔
    Tu l’as toujours ou quelqu’un te l’a réservé ? Ça m’intéresse sinon.

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  3. Hum, ton résumé m’intrigue. J’ai pas bcp lu de lovecraft mais les quelques textes que je connais j’ai plutôt aimé (sans que ça soit ouf non plus).
    Ce mélange lovecraft fantasy la me donne quand même bien envie de tester. L’avantage du format court aussi, si ça plaît pas au moins ça reste vite lu !

    J’aime

  4. Je peux comprendre, il est vrai qu’elle s’inspire de Lovecraft bien qu’elle se place en opposition-même de son univers et, surtout, du racisme de l’homme.
    J’ai beaucoup aimé pour ma part (merci pour le lien) mais j’apprécie aussi l’oeuvre de Lovecraft.

    Aimé par 1 personne

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